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UN CAS EXEMPLAIRE POUR UN FABULISTE
Par René AGGIOURI



La question de savoir si Israël représente un atout stratégique ou une lourde charge pour les Etats-Unis, a toujours hanté des générations d’intellectuels et de commentateurs des deux côtés de l’Atlantique. C’est un sujet toujours d’actualité et plus que jamais. Un collaborateur du journal israélien “Haaretz” l’a récemment remis sur le tapis.

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L’auteur note, tout d’abord, l’appui sans réserve donné au gouvernement Sharon par l’Administration Bush et, ensuite, l’accueil exceptionnellement chaleureux réservé à son successeur, Ehud Olmert, par la Maison-Blanche et par le Congrès. La “feuille de route”, toujours mise en avant par le président américain comme clé d’une solution négociée du conflit, est paradoxalement considérée par Israël comme la garantie contre les risques d’une négociation avec l’Autorité palestinienne représentée par Mahmoud Abbas. Autrement dit et contrairement à ce que le vulgaire pense, cette “feuille de route” n’ouvre pas la voie, mais la ferme, cependant que la loi que l’AIPAC (American Israël Public Affairs Commitee) vient de réussir à faire voter par le Congrès, garantie que le gouvernement d’Ismaïl Hannyé ne sera jamais admis comme partenaire d’une négociation “même s’il ne devait s’agir que de la lutte contre la fièvre aviaire”. Voilà pour ce qui concerne le problème palestinien. La stratégie est israélienne. Washington suit avec des réserves verbales de pure forme, dont Israël ne tient aucun compte.

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Voyons au-delà. Un professeur de l’université Ben Gurion du Negueb, le Dr Haggai Ram révèle, dans un récent ouvrage, que sous la présidence de Mohamed Khatémi, il y eut plusieurs initiatives de Téhéran en faveur d’un règlement du conflit de Palestine. Selon Dr Ram, au lendemain de la tragédie du 9 novembre et particulièrement après l’invasion de l’Afghanistan, une ouverture s’offrait pour un rapprochement américano-iranien. Les efforts dans ce sens auraient échoué à cause des pressions d’Israël qui s’employait à présenter l’Iran aux Américains, comme un facteur dominant du conflit et un objectif primordial de la “guerre contre la terreur”. Cette vision israélienne est toujours prédominante à Washington. A ce sujet, d’autres révélations plus précises sont faites par le “Haaretz”. Ainsi, dans une communication au Conseil pour les relations étrangères, un ancien responsable du Conseil pour la sécurité nationale, Flint Leverett, déclare qu’en mai 2003, à la veille de l’invasion de l’Irak, l’ambassadeur suisse à Téhéran (représentant les intérêts américains) transmettait à Washington une offre iranienne de négociation sur la question nucléaire. Ce document faisait état, également, de la disposition de l’Iran à adopter la résolution de la Ligue arabe relative à la reconnaissance d’Israël et à la cessation de toute aide aux organisations palestiniennes opérant hors des territoires. Leverett affirme que l’Administration Bush avait ignoré cette proposition préférant s’en tenir à son dada du moment: la lutte contre “l’axe du démon” et la propagation de la démocratie dans le “grand Moyen-Orient”.

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On connaît, désormais, les conséquences de cet aveuglement. Le défi des Frères musulmans aux régimes arabes modérés - l’extension, à partir de l’Irak jusqu’au cœur du monde arabe des maux dont souffre l’Afghanistan - l’influence d’al-Qaëda qui s’étend à l’Egypte, à la Jordanie, à la Palestine - l’Iran devient une puissance influente depuis le Golfe persique jusqu’à la Méditerranée.

Les Etats-Unis, patron d’Israël, perdent leur puissance de dissuasion.
Le conservateur Daniel Pipes, dont la nomination à l’Institut pour la Paix avait été imposée par Bush lui-même, écrit dans le “New York Sun” que la politique de l’Administration en Irak a facilité aux ennemis du régime le rassemblement de l’aide aux insurgés.

Nathan Sharansky, que Bush se plaît à appeler son “âme sœur”, écrit dans le “Wall Street Journal” que la lecture erronée du processus de démocratisation par Bush a pavé la voie au succès du Hamas.

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La recension de ces faits les plus récents apporte une réponse évidente à la question initiale: Israël n’est plus aujourd’hui, s’il l’a jamais été réellement, un atout stratégique pour les Etats-Unis. C’est plutôt une charge dont la politique américaine en Orient est devenue prisonnière. Cette situation est la conséquence de l’influence tentaculaire exercée, méthodiquement, par le lobby juif représenté spécialement par l’AIPAC.

Il est, désormais, incontestable qu’en dépit de tous ses déboires en Moyen-Orient, l’Administration Bush est incapable d’en retenir la leçon et de reprendre en main l’orientation de la politique américaine dans cette région du monde. Elle y est entièrement prisonnière de la stratégie de l’AIPAC, pour qui l’intérêt d’un Etat israélien en expansion et militairement dominateur est la priorité absolue.

Etant donné la dimension d’Israël en comparaison avec celle des Etats-Unis, superpuissance, ces conséquences peuvent surprendre. Mais elles peuvent aussi évoquer ces leçons qu’un grand fabuliste avait su imaginer dans les rapports de force au sein du monde animal. On a souvent besoin d’un plus petit que soi au point d’en devenir dépendant.

Les exemples sont si nombreux que le lecteur n’aurait que l’embarras du choix.


Article paru dans "La Revue du Liban"
du 17 juin 2006


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