Il
est de plus en plus évident que c’est à partir
d’Israël qu’est orchestrée, actuellement,
la crainte d’une menace que représenterait l’industrie
atomique de l’Iran. L’Amérique emboîte
le pas, car c’est elle qui pourrait entreprendre une action
militaire pour stopper ce développement, assumant ainsi un
risque aux conséquences incalculables.
Certes,
Israël aussi dispose des capacités militaires pour tenter
l’aventure. Mais pourquoi en assumer les frais si l’Amérique
est disposée à en prendre la responsabilité?
Pures
spéculations pour le moment? Bien sûr, mais toute la
presse mondiale s’y emploie depuis des jours, ainsi vont les
choses.
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A ce
sujet, nous avons l’opinion du professeur Van Creweld qui
enseigne l’histoire militaire à l’Université
hébraïque de Jérusalem. Il est l’auteur
d’une quinzaine d’ouvrages sur cette science. Il dispense,
aussi, son enseignement dans de nombreuses universités à
travers le monde. Il faut donc croire qu’il fait autorité
en cette matière. Or, au sujet du tapage orchestré
autour de l’industrie nucléaire de l’Iran, orchestration
à laquelle contribue le gouvernement de Téhéran
lui-même comme par défi, l’éminent professeur
commence par mettre un bémol. Dans une récente interview
à l’“Executive intelligence review”, il
déclare: “Sur ce sujet, Israël joue son propre
jeu. Henry Kissinger avait dit autrefois qu’Israël n’a
pas de politique étrangère, mais uniquement une politique
intérieure. Et c’est vrai. Nous avons eu des élections
à la Knesset et, dans ce cadre, le danger arabe et la menace
iranienne ont fait partie du jeu. Et cela a bien fonctionné,
à l’intérieur comme à l’extérieur.
C’est cela qui doit être pris en compte”.
M.
Van Creweld place dans cette perspective la question de la volonté
supposée de l’Iran de se doter de la bombe atomique.
Et il affirme, contrairement à beaucoup d’autres, qu’il
n’y a pas lieu de s’en inquiéter outre mesure.
Durant les 60 dernières années, observe-t-il, tout
pays qui a réussi à se doter d’armes nucléaires
est devenu moins aventureux. “Je ne vois pas pourquoi cela
ne serait pas aussi le cas pour l’Iran”, ajoute-t-il.
Poursuivant
son raisonnement et se plaçant au point de vue iranien, il
justifie la volonté supposée de Téhéran
de s’armer, afin de faire face au véritable encerclement
militaire dont ce pays est l’objet de la part des forces américaines
positionnées en Irak, en Afghanistan, autour de la mer Caspienne
et dans le Golfe persique.
Quant
à Israël, il n’a, en fait, rien à craindre,
affirme-t-il, car il dispose d’une capacité de riposte
pour vingt ans encore au moins - alors que l’Iran ne dispose
même pas pour transporter sa bombe, d’une aviation moderne
(sa flotte aérienne date de trente ans). Quant aux missiles,
dont il est en train de se doter, ils sont encore au stade expérimental,
en nombre insuffisant et d’une précision douteuse.
Du
reste, Israël, comme il est de tradition, exploite la menace
iranienne pour obtenir de nouvelles armes à des conditions
très avantageuses. Cela lui a toujours réussi avec
les Etats-Unis et, désormais, avec l’Allemagne qui
lui a fourni toutes sortes d’armements depuis 1960 et, tout
récemment, trois sous-marins et de
nouveaux deux autres pouvant être dotés de missiles
à têtes nucléaires. Sa véritable préoccupation
c’est, en priorité, le Hezbollah et le Hamas. L’Iran,
c’est le chiffon rouge qu’il agite devant le taureau
américain. Et M. Ahmadinejad en tire gloire avec délectation.
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L’intérêt
de ces déclarations de l’universitaire israélien
réside dans ce qu’elles contribuent à relativiser
le danger que représenterait l’armement iranien. A
ses yeux, du reste, le véritable danger qui menace Israël
ne vient pas de l’extérieur. Il résiderait plutôt
dans la menace permanente et de plus en plus sensible qui pèserait
sur l’unité du pays, sur la cohésion du peuple
israélien.
Il
rappelle, à ce sujet, les propos tenus par l’ancien
ministre de la Défense, Benjamin Ben Eliezer après
l’assassinat d’Yitzhak Rabin: “Je ne suis pas
sûr que la démocratie israélienne peut survivre
à un autre assassinat. Le principal danger, l’unique
pour Israël, est, désormais, interne”.
Dans
le même sens, le soulèvement palestinien (“l’intifada”),
inquiète car on y voit la justification du mur de séparation
initié par Sharon. Ajoutez à cela les doutes éprouvés
sur la capacité du parti fondé par Sharon, “Kadima”,
à gouverner, car on n’y voit qu’un “ramassis
d’opportunistes” sous la direction d’un Ehud Olmert
à qui on ne reconnaît aucune aptitude à être
un leader.
Dans
ce climat d’incertitude, avait éclaté cette
“bombe” du général Yaér Naveh prévoyant
l’extinction de la monarchie hachémite à la
faveur de la disparition du jeune roi Abdallah, déclarations
qui ont fait scandale. Le gouvernement Olmert a été
forcé de s’excuser pour l’imprudence de ce général
trop bavard. Il n’en demeure pas moins que son opinion rejoint
une tendance de plus en plus affirmée dans la société
israélienne, à voir dans la Jordanie l’avenir
du peuple palestinien.
Ce
n’est certes pas nouveau, mais cela semble de plus en plus
partagé. C’est à quoi pousse, en tout cas, ce
parti nommé “Notre maison Israël” d’Avidor
Libermann. Il a été invité par M. Olmert à
faire partie de son gouvernement. Reconnaissons que c’est,
pour le moins, assez troublant.
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En
définitive, le tapage orchestré à Tel-Aviv
et à Washington sur l’armement atomique de l’Iran
- et à laquelle orchestration le chef du gouvernement de
Téhéran a largement contribué par ses menaces
et un défilé militaire - se réduirait à
une manœuvre de diversion pour faire aboutir en Palestine un
plan “d’épuration” ethnique, dont la première
conséquence sera d’enflammer tragiquement le monde
arabe.
Si
Israéliens et Américains, avec une Europe qui emboîte
le pas en grognant, ont perdu tout sens des réalités;
si, de son côté, l’Iran enivré de promesses
de gloires, pousse à la roue de l’aventure, il faudra,
désormais, que les responsables des pays arabes deviennent
sages pour deux (ou pour trois et quatre!)