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SPECULATIONS POLITICO-MILITAIRES
Par René AGGIOURI



Il est de plus en plus évident que c’est à partir d’Israël qu’est orchestrée, actuellement, la crainte d’une menace que représenterait l’industrie atomique de l’Iran. L’Amérique emboîte le pas, car c’est elle qui pourrait entreprendre une action militaire pour stopper ce développement, assumant ainsi un risque aux conséquences incalculables.

Certes, Israël aussi dispose des capacités militaires pour tenter l’aventure. Mais pourquoi en assumer les frais si l’Amérique est disposée à en prendre la responsabilité?

Pures spéculations pour le moment? Bien sûr, mais toute la presse mondiale s’y emploie depuis des jours, ainsi vont les choses.

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A ce sujet, nous avons l’opinion du professeur Van Creweld qui enseigne l’histoire militaire à l’Université hébraïque de Jérusalem. Il est l’auteur d’une quinzaine d’ouvrages sur cette science. Il dispense, aussi, son enseignement dans de nombreuses universités à travers le monde. Il faut donc croire qu’il fait autorité en cette matière. Or, au sujet du tapage orchestré autour de l’industrie nucléaire de l’Iran, orchestration à laquelle contribue le gouvernement de Téhéran lui-même comme par défi, l’éminent professeur commence par mettre un bémol. Dans une récente interview à l’“Executive intelligence review”, il déclare: “Sur ce sujet, Israël joue son propre jeu. Henry Kissinger avait dit autrefois qu’Israël n’a pas de politique étrangère, mais uniquement une politique intérieure. Et c’est vrai. Nous avons eu des élections à la Knesset et, dans ce cadre, le danger arabe et la menace iranienne ont fait partie du jeu. Et cela a bien fonctionné, à l’intérieur comme à l’extérieur. C’est cela qui doit être pris en compte”.

M. Van Creweld place dans cette perspective la question de la volonté supposée de l’Iran de se doter de la bombe atomique. Et il affirme, contrairement à beaucoup d’autres, qu’il n’y a pas lieu de s’en inquiéter outre mesure. Durant les 60 dernières années, observe-t-il, tout pays qui a réussi à se doter d’armes nucléaires est devenu moins aventureux. “Je ne vois pas pourquoi cela ne serait pas aussi le cas pour l’Iran”, ajoute-t-il.

Poursuivant son raisonnement et se plaçant au point de vue iranien, il justifie la volonté supposée de Téhéran de s’armer, afin de faire face au véritable encerclement militaire dont ce pays est l’objet de la part des forces américaines positionnées en Irak, en Afghanistan, autour de la mer Caspienne et dans le Golfe persique.

Quant à Israël, il n’a, en fait, rien à craindre, affirme-t-il, car il dispose d’une capacité de riposte pour vingt ans encore au moins - alors que l’Iran ne dispose même pas pour transporter sa bombe, d’une aviation moderne (sa flotte aérienne date de trente ans). Quant aux missiles, dont il est en train de se doter, ils sont encore au stade expérimental, en nombre insuffisant et d’une précision douteuse.

Du reste, Israël, comme il est de tradition, exploite la menace iranienne pour obtenir de nouvelles armes à des conditions très avantageuses. Cela lui a toujours réussi avec les Etats-Unis et, désormais, avec l’Allemagne qui lui a fourni toutes sortes d’armements depuis 1960 et, tout récemment, trois sous-marins et de nouveaux deux autres pouvant être dotés de missiles à têtes nucléaires. Sa véritable préoccupation c’est, en priorité, le Hezbollah et le Hamas. L’Iran, c’est le chiffon rouge qu’il agite devant le taureau américain. Et M. Ahmadinejad en tire gloire avec délectation.

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L’intérêt de ces déclarations de l’universitaire israélien réside dans ce qu’elles contribuent à relativiser le danger que représenterait l’armement iranien. A ses yeux, du reste, le véritable danger qui menace Israël ne vient pas de l’extérieur. Il résiderait plutôt dans la menace permanente et de plus en plus sensible qui pèserait sur l’unité du pays, sur la cohésion du peuple israélien.

Il rappelle, à ce sujet, les propos tenus par l’ancien ministre de la Défense, Benjamin Ben Eliezer après l’assassinat d’Yitzhak Rabin: “Je ne suis pas sûr que la démocratie israélienne peut survivre à un autre assassinat. Le principal danger, l’unique pour Israël, est, désormais, interne”.

Dans le même sens, le soulèvement palestinien (“l’intifada”), inquiète car on y voit la justification du mur de séparation initié par Sharon. Ajoutez à cela les doutes éprouvés sur la capacité du parti fondé par Sharon, “Kadima”, à gouverner, car on n’y voit qu’un “ramassis d’opportunistes” sous la direction d’un Ehud Olmert à qui on ne reconnaît aucune aptitude à être un leader.

Dans ce climat d’incertitude, avait éclaté cette “bombe” du général Yaér Naveh prévoyant l’extinction de la monarchie hachémite à la faveur de la disparition du jeune roi Abdallah, déclarations qui ont fait scandale. Le gouvernement Olmert a été forcé de s’excuser pour l’imprudence de ce général trop bavard. Il n’en demeure pas moins que son opinion rejoint une tendance de plus en plus affirmée dans la société israélienne, à voir dans la Jordanie l’avenir du peuple palestinien.

Ce n’est certes pas nouveau, mais cela semble de plus en plus partagé. C’est à quoi pousse, en tout cas, ce parti nommé “Notre maison Israël” d’Avidor Libermann. Il a été invité par M. Olmert à faire partie de son gouvernement. Reconnaissons que c’est, pour le moins, assez troublant.

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En définitive, le tapage orchestré à Tel-Aviv et à Washington sur l’armement atomique de l’Iran - et à laquelle orchestration le chef du gouvernement de Téhéran a largement contribué par ses menaces et un défilé militaire - se réduirait à une manœuvre de diversion pour faire aboutir en Palestine un plan “d’épuration” ethnique, dont la première conséquence sera d’enflammer tragiquement le monde arabe.

Si Israéliens et Américains, avec une Europe qui emboîte le pas en grognant, ont perdu tout sens des réalités; si, de son côté, l’Iran enivré de promesses de gloires, pousse à la roue de l’aventure, il faudra, désormais, que les responsables des pays arabes deviennent sages pour deux (ou pour trois et quatre!)


Article paru dans "La Revue du Liban" du 29 avril 2006

 

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