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DIPLOMATIE

 

 

 

     

    

 

 


M. Fouad el-Turk


J'ai travaillé dans ma vie en missionnaire avec pour seul patron le Liban



Entretien conduit par Marie-Claude Saadé-Hélou  (9/12/2004)

Car il est bien réel celui-là...

Nous connaissons tous malheureusement le Liban de la corruption, de la gabégie et du déshonneur. Nous en sommes régulièrement aspergés ... jusqu'au dégôut !

Pourtant, il est un autre Liban que nous connaissons peu mais qui n'en existe pas moins. Ce Liban-là est peuplé de femmes et d'hommes peut-être différents de ceux qui envahissent les colonnes et les écrans de nos médias.

Ces personnes nous entourent. Nous les côtoyons tous les jours. Leur choix fut d'ignorer les chemins de l'émigration et de s'agripper à leur sol natal. 

Fonctionnaires de l'administration, membres de la société civile au sens large, en activité ou à la retraite, loin des feux de la rampe, elles tissent notre quotidien.

Cette rubrique se propose de vous les faire connaître. Découvrons-les ensemble...


La triple influence de l’environnement : la famille, Zahlé et le Liban

Toute personne est influencée par son environnement. J’ai personnellement été influencé par un triple environnement : celui de ma famille, de Zahlé, et du Liban en général. S’agissant de mon environnement familial, nous avons reçu de nos parents une éducation centrée sur la prudence, l’éthique, les valeurs, les idéaux et aussi la reconnaissance, la compréhension et l’aide du prochain. S’agissant de Zahlé, l’équitation, la littérature, la poésie et tout particulièrement l’atmosphère du Collège Oriental de Zahlé qui est l’école où nous avons été élevés ainsi que l’ambiance des moines, ont exercé sur moi leur influence.

Il y avait une espèce d’harmonie entre le milieu familial, le milieu zahliote et le milieu scolaire dans lequel nous avons grandi avant que je ne me déplace à Beyrouth. L’un de mes professeurs était Said Akl. Il nous a inculqué des principes de vigueur, de dignité, de fierté… C’était avec lui le Liban de la grandeur, le Liban de l’Histoire etc. Plus tard, je fus moi-même enseignant au Collège Oriental et dans l’école que possédaient Zaid Akl et ses associés. Tout cela m’a marqué. On y retrouve l’influence de l’environnement sur l’éducation de la personne.

A Zahlé, il n’ y avait à cette époque qu’une seule école secondaire: Le Collège Oriental de Zahlé dans lequel j’ai fait mes études secondaires, à l’exception de l’année du Bac. J’ai donc dû me rendre à Beyrouth où j’ai été admis comme interne au Collège de la Sagesse pour l’année de préparation du Baccalauréat. Par la suite, l’Université libanaise ayant été fondée, j’ai été le premier étudiant à l’UL, le premier président du Comité des étudiants, le premier secrétaire général des étudiants universitaires et le premier président de la Ligue des Anciens de l’UL.

Reçu premier de Session au Concours de la Fonction publique

J’ai obtenu à l’Université Libanaise ma licence en Histoire et Géographie et j’ai été nommé professeur dans le secondaire au ministère de Education Nationale. J’ai enseigné pendant deux mois, puis j’ai été nommé, à 23 ans, chef de la section de l ’Education Nationale dans la Békaa. Mais, je n’aimais pas beaucoup ce travail et je ne considérais pas que je devais en faire ma carrière.

J’ai alors appris par hasard, dans les journaux, qu’il y avait un concours pour le Corps diplomatique et j’ai décidé de me présenter à ce concours. Cependant, la plupart des matières n’étaient pas de ma spécialisation, car c’était du droit. J’ai alors expliqué à ma mère que j’allais m’éloigner pendant 2 mois afin de préparer ce concours, surtout les matières juridiques que je ne connaissais pas et lui ai demandé de me faire porter absent pendant toute cette période. Un grand nombre de personnes s’étaient présentées au concours, mais le ministère ne pouvait admettre que 8 postulants et j’ai été classé premier à ce concours. J’ai alors été nommé au ministère des Affaires Etrangères et mon premier poste, après mes deux années de stage à Beyrouth, fut le Canada.

Si je dois diviser ma carrière, il y a eu 3 étapes :

  • Le Monde l’Emigration libanaise
  • L’Iran
  • Le Secrétariat Général du ministère des Affaires Etrangères

1- Le monde de l’Emigration (1960-1978)

J’ai été environ 17 ans sur le Continent américain entre le Canada et l’Argentine. Au Canada j’étais Consul, en Colombie, Chargé d’affaires et je couvrais la Bolivie, le Pérou, l’Equateur et le Panama. A New York, j’étais Consul général et en même temps conseiller à l’ONU. Après cela, j’ai été ambassadeur en Argentine et je couvrais en même temps, le Paraguay, l’Uruguay et le Chili. Donc environ 17 ans sur le Continent américain.

La Mobilisation du potentiel libanais sur le Continent américain

Au cours de cette étape, j’ai beaucoup traité avec la diaspora libanaise et travaillé à la mobilisation du potentiel libanais sur le Continent américain, en ce sens que nous avons un excellent potentiel, environ 10 millions de personnes entre Libanais et personnes d’origine libanaise, mais tout ce monde était éparpillé.

Mon souci était de tenter de profiter de ce potentiel pour atteindre 3 objectifs :

  • Rassembler les Libanais à l’étranger
  • Resserrer les liens entre ces Libanais et le Liban
  • Resserrer les liens entre le Liban et les pays d’émigration, à travers ces personnes, afin qu’elles deviennent un pont d’amitié et de coopération entre le Liban et les pays dans lesquels elles se trouvaient.

Ceci m’a amené (et en tant que célibataire, j’avais une grande liberté de déplacements) à visiter l’ensemble des villes et villages des pays que je couvrais. J’ai par exemple visité les 26 provinces de l’Argentine. J’allais là où il y avait des Libanais et cela, personne avant moi ne l’avait fait. J’ai même été en Terre de Feu.

L’Union Libanaise Culturelle Mondiale

L’Union Libanaise Culturelle Mondiale est une organisation qui a pour but de rassembler les Libanais du monde entier. Dans chaque ville il doit y avoir une branche de l’ULCM. Si on prend l’exemple de la Colombie, il y a 7 branches qui se réunissent et qui constituent un Conseil national pour la Colombie. Si on prend l’exemple de l’Argentine, il y a également un Conseil national composé de 17 branches etc. Les présidents des Conseils nationaux constituent le Conseil continental de l’Amérique et les présidents des Conseils continentaux avec les présidents des conseils nationaux constituent le Conseil mondial. C’est une pyramide.

L’ULCM a été fondée en 1960, du temps du président Fouad Chéhab. Elle a bien fonctionné les 15 premières années mais la guerre a tout détruit car les maladies de la guerre s’y sont propagées.

J’ai fondé 52 branches pour l’Union Libanaise Culturelle Mondiale dans le monde. Un Club, le plus grand du continent américain « Le Club du Cèdre » a été créé en Argentine durant ma mission. Le «Club du Cèdre» était très impressionnant et la même chose a été faite en Colombie. J’ai également fondé une Association d’amitié dans laquelle se trouvaient les plus grands hommes de lettres, de culture et de sciences argentins (je n’y avais pas intégré de Libanais), un centre culturel, une troupe folklorique, une Chambre de Commerce et encouragé des traductions de l’espagnol à l’arabe et de l’arabe à l’espagnol.

En fait, c’était pour mobiliser ce potentiel que nous avions créé l’Union Libanaise Culturelle Mondiale en 1960 et qui a fait du bon travail. Des congrès étaient organisés pour les avocats, les ingénieurs, les hommes d’affaires les jeunes, les écrivains, les poètes, etc. d’origine libanaise dans le monde. A l’occasion de ces congrès, des poètes d’origine libanaise du Brésil, d’Argentine, du Canada ou des avocats du Mexique, de Colombie, du Venezuela etc. étaient invités et se réunissaient au Liban. Ceci pour les congrès spécialisés. Mais tous les 2 ans des congrès non spécialisées où tout le monde pouvait venir étaient aussi organisés et il y avait des milliers de participants. J’ai moi-même participé à un déjeuner de l’ULCM à Zahlé où il y avait 4.000 personnes et les émigrés venaient du monde entier tous les 2 ans. Le Liban remplit le monde. Il y a même eu des mariages car les gens se rencontraient ici et se mariaient et aussi des opérations commerciales. Des gens du Brésil, par exemple, rencontraient des gens d’Australie et faisaient du business.

Dans les pays de l’émigration, il y a des gens importants d’origine libanaise : des présidents de républiques, des ministres. J’ai moi-même rencontré, rien qu’au Brésil, 75 députés d’origine libanaise car ceux qui possèdent la nationalité libanaise sont peu nombreux, mais ceux qui sont d’origine libanaise sont nombreux. Bien sûr, ils sont loyaux aux pays dans lesquels ils se trouvent et de notre côté, nous tenons à ce qu’ils soient d’abord Brésiliens, Colombiens et après Libanais car c’est là-bas que se trouve leur patrie. Ils y sont nés, y ont grandi et s’y sont mariés. Mais quand ils peuvent servir le Liban, sans que ceci ne soit incompatible avec le pays dans lequel ils se trouvent, pourquoi pas ?

Alors cette action a été organisée et je fais partie de ceux qui ont participé à ce travail.

Les maladies de la guerre se sont propagées dans le monde de l’émigration

Malheureusement, lorsque la guerre a éclaté au Liban, les maladies de la guerre se sont propagées dans le monde des émigrés : les maladies du confessionnalisme, des milices, des partis, de la politique, de l’individualisme et il s’est produit une dislocation qui est restée jusqu’à aujourd’hui et là où il y a des problèmes politiques entre eux, il y a des problèmes personnels. Par exemple, ils se disputent pour la présidence des associations même celles des ... pompes funèbres !

Les maladies du Liban sont donc arrivées là-bas et y sont restées. Aujourd’hui, la solution à ces problèmes nécessite une qualité spéciale d’ambassadeurs et un ministère des Affaires Etrangères qui prenne les choses en main. Ceci exige du travail. J’espère qu’ils pourront insuffler un nouvel esprit dans le monde de l’émigration et qu’ils pourront changer la réalité dans laquelle nous nous trouvons. Ce qui nous importe, c’est que les émigrés d’origine libanaise ne soient pas mêlés à ce genre de questions car cela ne les intéresse pas. Ils veulent bien aider au niveau de l’ONU, du Conseil sécurité, des organismes internationaux et régionaux mais, bien sûr, n’entreraient pas dans ce genre de détails.

De plus, on pourrait tirer profit de l’émigration pour le tourisme et l’économie. Si par exemple, on organisait un Charter d’émigrés chaque année, vous imaginez le nombre d’émigrés qui viendraient au Liban ? Chaque ambassade du Liban pourrait créer une certaine atmosphère et organiser des charters (voyages à prix réduits). Lorsque j’étais en Argentine, des avions de jeunes avaient été amenés au Liban et pour que cela ne coûte pas cher, des accords avaient été passés avec certaines écoles d’internes pour qu’elles accueillent ces jeunes durant l’été pendant 2 à 4 semaines et qu’elles leur assurent leurs besoins. Pendant la journée, ils faisaient du tourisme dans tout le Liban et à cette occasion, faisaient connaissance avec la maison de leurs parents, grands-parents etc.

Les émigrés sont un grand capital mais qui, malheureusement, n’est pas exploité et il faut l’exploiter.

J’ai visité tous les pays de l’émigration. En Colombie, j’étais chargé d’affaires et je couvrais, en tant que non résident, la Bolivie, le Pérou, l’Equateur et le Panama. En Argentine j’étais ambassadeur et je couvrais le Paraguay, l’Uruguay et le Chili. Puis j’ai eu l’occasion d’aller dans d’autres pays comme le Mexique, le Brésil, le Venezuela. Je n’y étais pas en poste mais j’y suis passé plusieurs fois. Les pays dans lesquels je n’étais pas en poste, j’ai fait leur connaissance à titre personnel. J’ai également été nommé Consul général à New York.

Cette étape fut pour moi l’étape des pays de l’Emigration et mon impression c’est que le Libanais à l’extérieur est très important comme individu. Mais nous avons des problèmes au niveau du groupe, car nous ne savons pas vivre et travailler en groupe. Par exemple, s’il y a des élections pour un président de club, celui qui échoue aux élections se fâche et crée des problèmes. Mais comme individus, ils sont très bien.

2- En Iran, j’ai vu l’Histoire se transformer devant moi

La deuxième étape a été celle de l’Iran. J’ai été nommé ambassadeur en Iran et fut le dernier ambassadeur a avoir présenté ses lettres de créance au Chah d’Iran et le dernier à avoir vu Farah Diba.

J’ai présenté mes lettres de créance au Chah en décembre 1978. Un mois après, il avait quitté. Tout s’est alors transformé. Le régime du Chah a été arraché de ses racines et rien n’est resté. Il y avait 600 à 700.000 fonctionnaires qui travaillaient à l’époque du Chah et tous ont été changés, même les techniciens. Tout s’est transformé pour un régime islamique, un régime soumis à la Loi de l’Islam. Le pays s’est complètement transformé. Actuellement, il y a deux courants : celui de l’ouverture et celui des conservateurs.

J’ai vécu 4 ans en Iran après la révolution islamique et si ce ne fut pas l’expérience la plus agréable dans la vie quotidienne, ce fut certainement la plus riche car j’ai vu l’Histoire se transformer devant moi. Vous ne la lisiez plus dans les livres. Lorsque vous êtes à l’Université ou dans la vie, vous lisez au sujet de la révolution bolchevique, de la révolution française etc. Cette révolution était pareille mais vous pouviez la voir devant vous.

L’Iran est un pays important par rapport au Liban étant donné le prolongement chiite et les prévisions que je faisais au sujet de ce pays s’avéraient exactes y compris mes prévisions sur la révolution elle-même. En ce moment, je prépare un livre sur cette étape.

3- Secrétaire Général du ministère des Affaires Etrangères:
« Mon seul patron est le Liban »

Par la suite, j’ai été nommé Secrétaire Général du ministère des Affaires Etrangères et j’y suis resté environ 5 ans et demi. Ce fut l’une des étapes les plus délicates de ma carrière car à ce moment là, il y avait rupture de relations entre le Président de la République, le Premier ministre et le Président du Parlement. Ils ne se parlaient pas et j’étais le pont entre eux. Il s’agissait de Messieurs Gemayel, Husseini, Karamé et Hoss par la suite. Tous les jours, malgré les dangers, je me rendais d’Est en Ouest afin que les affaires de l’Etat continuent à fonctionner et plus particulièrement pour sauvegarder l’unité du ministère. Mon slogan était à l’époque «Mon seul patron est le Liban» (ni telle communauté, ni telle milice, parti, famille etc.). Au ministère on ne se mêlait pas de toutes ces questions, on travaillait pour l’Etat libanais et de cette manière, on a pu sauvegarder l’unité du ministère. Tous reconnaissent d’ailleurs mon effort en ce domaine.

Dans ma fonction de Secrétaire Général, j’ai à nouveau suivi la question des émigrés. Par exemple, j’ai effectué une mission de bonne volonté en Afrique dans 11 Etats africains comme envoyé présidentiel pour étudier les problèmes des Libanais en Afrique et leurs besoins dans chaque pays afin d’établir un plan d’action pour les émigrés car beaucoup de colonies libanaises étaient exposées à des dangers divers. Nous avons donc fait une étude de la situation et lorsque je suis rentré, j’ai présenté un rapport et des propositions sur ce qu’il fallait faire.

Après cela, j’ai été en Amérique en mission en tant que Secrétaire Général, comme représentant du chef de l’Etat et j’ai fait une tournée dans ces pays.

Aussi, je présidais la délégation libanaise à l’Assemblée générale des Nations Unies. J’y allais chaque année. Au début, j’y allais comme membre puis les 3 dernières années, j’y allais en tant que chef de la délégation lorsque le Président de la République ou le Premier ministre ne pouvaient pas s’y rendre. J’y allais moi-même à leur place.

Ambassadeur à Paris et à Berne

Après mon poste de Secrétaire Général, j’ai été nommé ambassadeur à Paris. Là aussi, nous avions le problème des 2 gouvernements : Michel Aoun et Sélim el Hoss puis, par la suite, la Conférence de Taef. Nous avons essayé de régler les problèmes le mieux possible en attendant que les choses s’améliorent. J’étais donc à Paris dans un moment des plus critiques.

En France, un Libanais comme moi se sent chez lui. Nous avions étudié la France à l’école comme le Liban. A Paris, je leur parlais de Corneille, Racine, Molière, Rabelais, Ronsard, Joachim du Bellay alors qu’eux-mêmes, parfois, les ignoraient. Ils étaient surpris. Ceci impressionnait beaucoup les Français.

J’ai entretenu des relations avec le Quai d’Orsay, l’Elysée, Matignon. Puis j’ai rassemblé les Libanais (il y en avait 170.000 à l’époque) et j’organisais des réunions périodiques à l’ambassade pour les différents secteurs professionnels. J’ai constitué 8 commissions: médecins, avocats, ingénieurs, journalistes, artistes, banquiers, hommes d’affaires et universitaires. Le but était de les réunir et de créer une instance qui les représente tous. C’était un travail très intéressant.

En France je n’ai passé que deux années mais j’ai fait un travail de mobilisation des Libanais et un travail de relations diplomatiques avec des personnalités au pouvoir : François Mitterrand (PR), Roland Dumas (Ministre des Affaires Etrangères), François Cher (Secrétaire Général du ministère des Affaires Etrangères) etc. Mon activité à Paris était partagée entre l’Elysée, Matignon, le Corps diplomatique étranger en France, la communauté libanaise et les médias. J’ai également entretenu des relations avec de grands écrivains et philosophes en France. 60 des plus grands poètes, écrivains, philosophes et chercheurs sont même venus à l’ambassade du Liban pour demander la nationalité libanaise comme geste d’appui au Liban.

Après Paris, j’ai été nommé ambassadeur en Suisse (à Berne). Je le souhaitais moi-même car après tout ce tumulte, j’avais besoin de repos et c’était le meilleur endroit. Cela m’a donné la possibilité de lire, d’écrire et d’observer les choses.

Après Berne, ce fut la retraite car j’avais atteint l’âge de la retraite (64 ans).

Le Cercle des Ambassadeurs du Liban

Je suis donc rentré à Beyrouth et nous avons fondé le Cercle des Ambassadeurs du Liban qui compte tous les ambassadeurs à la retraite ou ceux dont la mission s’est terminée : feu Charles Hélou faisait partie de ce Club. Ils sont environ 90, les ambassadeurs hors cadre inclus (nous gardons le titre d’ambassadeur même après la retraite).

Le but de ce Cercle est de conserver les relations personnelles entre les ambassadeurs et les épouses d’ambassadeurs. Actuellement, nous sommes en train de préparer une revue diplomatique et nous avons l’ambition d’avoir un Club diplomatique non seulement pour les diplomates libanais mais pour tous les diplomates libanais et étrangers où ils peuvent se réunir, donner leurs conférences, leurs cocktails … c’est assez ambitieux. Nous espérons avoir de grands conférenciers de l’étranger comme le Secrétaire Général de l’ONU, le Secrétaire Général de la Ligue arabe, des ministres des Affaires étrangères, des chefs d’Etats de passage au Liban afin que nous puissions avoir du mouvement à la hauteur de notre cercle. Je suis actuellement le Président de ce cercle.

Sur un plan personnel, le matin, je travaille comme conseiller pour un haut responsable au gouvernement. L’après-midi mes activités se partagent entre les séminaires, les conférences, les expositions artistiques etc. De temps à autres je me rends à l’étranger pour des conférences. Par exemple depuis 2 mois, j’étais dans les Emirats où j’ai donné des conférences aux diplomates émirati sur invitation du ministère des Affaires Etrangères de ce pays. J’ai également donné des conférences en Egypte, à New York … De cette manière j’essaye de rester actif et utile.

La plupart des week-end, je me rends à Zahlé où j’ai ma maison afin de garder le contact avec la famille et les amis.

J’ai travaillé dans ma vie en missionnaire…

Mais ce que je tiens à vous dire, c’est que je n’ai jamais senti que j’étais fonctionnaire. J’ai travaillé dans ma vie en missionnaire. C’est peut-être la raison pour laquelle je suis resté célibataire car je n’avais pas le temps de m’occuper d’autre chose. Je n’ai jamais, comme certains fonctionnaires, considéré mon travail comme un moyen de subsistance, mais comme une mission.

Cette mission trouve son point de départ dans le fait que le Liban est un petit pays qui n’a pas de valeur géographique ou démographique. La valeur du Liban est dans la créativité, la culture, l’histoire, la civilisation. S’il n’y a pas de créativité au Liban, ce pays n’a pas de valeur. Nous devons donc faire un effort spécial pour promouvoir le Liban en tant que pays ayant une valeur propre et cela peut se faire à travers ses célébrités dans la poésie, la littérature, l’art, la musique, ses grands hommes d’affaires, ses sportifs et ses écrivains internationaux etc. Si vous ne connaissez personne en Chine, ceci importe peu car la Chine est un pays important en lui-même. Mais au Liban, s’il n’ y a pas de célébrités, qui en entendrait parler ? Mon souci a donc toujours été de sauvegarder l’image du Liban à l’étranger, une image de pays civilisé afin que celui qui veut traiter avec nous se dise que ce sont des gens qui appartiennent à un pays qui a de la valeur et non à n’importe quel pays. Malheureusement, notre image aujourd’hui n’est pas celle que nous espérons.

Personnellement j’avais toujours ce message en tête. Par exemple, lorsque j’étais à l’étranger je n’offrais jamais en cadeau des choses ordinaires. J’offrais des livres comme « Le prophète » de Gébrane, une cassette de Feyrouz, un tableau de peintre libanais afin que le Liban reste connu dans le milieu dans lequel nous nous trouvions. Notre fonction consiste à faire connaître le Liban à travers sa civilisation car nous n’avons pas autre chose à offrir. De là mon sentiment de mission dans une fonction de ce genre.

Dans mes conférences, j’ai toujours un message. Par exemple dans ma conférence à l’Ordre des Avocats dernièrement, j’ai parlé du dialogue des cultures. Nous parlons du dialogue des cultures et des civilisations au niveau international. Je leur ai dit: comment voulez vous que le dialogue des cultures fonctionne à l’échelle internationale, s’il ne réussit pas sur 10.000 kms2. Ceci est un message.

Il faut passer de l’Etat des communautés à celui des talents

Un autre message que j’ai communiqué, c’est qu’il faut passer de l’Etat des communautés à l’Etat des talents. Nous sommes un pays basé sur le confessionnalisme, l’influence des familles, la personnalisation des fonctions etc. Cela ne devrait plus exister. Il faut que le pouvoir soit exercé par ceux qui ont du talent et qui feront connaître le Liban à l’étranger. Alors j’ai lancé ce slogan.

Un autre slogan que j’ai lancé : les responsabilités doivent être exercées par les plus compétents professionnellement, les plus honnêtes et les plus courageux. Lorsque vous alliez la compétence, l’honnêteté et le courage, vous pouvez arriver dans vos responsabilités à ce que vous voulez.

Un autre message que j’ai communiqué: la différence entre l’intelligence et le génie. L’intelligent dans la conception libanaise c’est le rusé qui sait se débrouiller. Ce n’est pas la définition du dictionnaire mais au Liban, c’est comme cela. A mon avis, l’intelligent est celui qui sait arriver là où il veut et le génial est celui qui fait arriver sa patrie et non lui-même car en faisant arriver son pays, il pourrait arriver lui-même. Mais il y a des personnes qui ne pensent qu’à elles. C’est pour cela que nous avons besoin d’un esprit créateur pour en finir avec cette situation au Liban. Nous sommes dans une situation qui doit changer et qui ne peut changer qu’avec un changement des mentalités et c’est ce qu’il va falloir injecter.

Recommandations aux nouveaux diplomates

1- Tout d’abord, je pars de l’idée que ces diplomates connaissent leur travail, que ce sont des diplomates de carrière. Le plus important pour un diplomate c’est qu’avant de partir pour un pays, il doit étudier l’histoire du pays dans lequel il va, sa géographie, ses coutumes et si possible sa langue car rien n’est mieux que d’aller dans un pays où on connaît la langue et leur dire des choses qu’eux-mêmes parfois ignorent sur leur histoire et leur patrimoine. Il faut savoir s’adapter au milieu dans lequel on se trouve.

Avant d’aller rencontrer Farah Diba (après avoir rencontré l’empereur), j’ai lu 2 livres sur Farah Diba, un qu’elle avait elle-même écrit et un autre qui parlait d’elle afin que la conversation ne soit pas banale et protocolaire et que je puisse avoir de la conversation avec elle. Or il n’ y avait rien de mieux que d’avoir lu son propre livre. Elle était très heureuse de cet entretien.

Il est très important que l’ambassadeur connaisse bien le pays dans lequel il va. Et personnellement, si j’avais mon mot à dire dans l’Etat, lorsque je nomme un ambassadeur dans un pays, je lui aurais aussi donné le nom du pays suivant dans lequel il serait envoyé afin qu’il puisse se préparer au poste suivant et qu’il y arrive en le connaissant car il doit envoyer des rapports le concernant, avoir des relations etc.

2- L'ambassadeur doit avoir la capacité de faire connaître son pays, son patrimoine, son histoire, sa civilisation et sa cuisine. Et c’est là que l’épouse a son rôle. Si l’épouse de l’ambassadeur est d’un niveau supérieur, elle peut jouer un rôle, faire des conférences, des expositions, présider des associations dans la colonie libanaise etc. Quant à moi, moi je faisais les deux.

3- L'ambassadeur doit être au-dessus des questions matérielles. Nous pouvons en tant que diplomates faire abus des privilèges diplomatiques. Si le diplomate fait des abus, il gagnerait quelque sous mais perdrait sa dignité et celle de son pays. Il faut donc que le diplomate soit intègre.

4- L'ambassadeur doit toujours se comporter comme ambassadeur de tout le Liban et non comme ambassadeur des maronites, des sunnites, des chiites etc. Chaque Libanais doit sentir que l’ambassade est sa deuxième maison. S’il y a un conflit dans la colonie, qu’il tente de le résoudre mais s’il ne peut pas le résoudre alors qu’il ne s’en mêle pas mais surtout qu’il ne soit pas partie dans la colonie.

5- L’ambassadeur doit savoir faire des relations. Les relations que j’ai faites m’ont beaucoup aidé à faciliter ma mission. Lorsque par exemple j’entretiens une bonne relation avec le ministre des Affaires Etrangères d'un pays, à ce moment là, au téléphone, je résous un problème et ce sont ces relations qui font de l'ambassadeur une personne appréciée, considérée et proche de l’Etat dans lequel il se trouve. Que de problèmes j’ai résolu au téléphone à cause de ces relations. Il pourrait devenir un ami du Président du Parlement ou du Président de la République. Par exemple, lorsque j’étais en Argentine, comme j’avais bien travaillé sur cette question, lorsqu’on qu’on m’a transféré en Iran, le Président de la République d’Argentine m’a dit, alors que je lui faisais mes adieux, « M. l’ambassadeur, si les usages diplomatiques me le permettaient, nous n’aurions pas désigné un ambassadeur d’Argentine en Iran, vous auriez été vous-même notre ambassadeur ». Ceci est inoubliable.

Si l’ambassadeur est incapable de faire ces relations, il vaut mieux qu’il ne soit pas ambassadeur, surtout que la carrière diplomatique offre de bonnes conditions (de bons salaires, des indemnités intéressantes pour qu’ils puissent organiser des réceptions). L ’Etat n’est pas en reste pour assurer une vie digne aux diplomates à l’étranger. Il n’est donc pas permis qu’il ne soit pas au niveau requis.

Postes diplomatiques occupés par SE l’ambassadeur Fouad el-Turk:

 

Canada
Attaché d’ambassade
1960-64
Colombie
Premier secrétaire et Chargé d’affaires
1964-69
Liban
(Beyrouth)
Ministère des Affaires Etrangères
1969-71
Etats-Unis
(New York)
Consul général
1971-73
Argentine
Ambassadeur
1973-78
Iran
Ambassadeur
1978-83
Liban (Beyrouth)
Secrétaire Général du ministère des Affaires Etrangères
1983-88
France
(Paris)
Ambassadeur
1988-90
Suisse (Berne)
Ambassadeur
1990-95

 

SE M. Fouad el-Turk
Ancien Secrétaire Général du Ministère des Affaires Etrangères
Président du Cercle des Ambassadeurs du Liban

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