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DIPLOMATIE

 

 

 

 

     

    

 

 


M. Farid Samaha

La diplomatie libanaise:
des relations internationales
économiques et culturelles
autant que politiques

 

 

Entretien conduit par Marie-Claude Saadé-Hélou  (12/11/2004)

Des débuts au consulat de Mendoza en Argentine

J'ai fait mes études secondaires à l'IC (International College) à Beyrouth et poursuivi des études universitaires en Sciences politiques, Sciences économiques et Sciences sociales à l'université de Cuyo en Argentine.

Lorsque j'étais en Argentine, je n'y étais pas comme diplomate mais j'accompagnais mon père qui y avait des affaires. J'ai vécu 12 ans en Argentine, 6 ans dans une province qui s'appelait Mendoza et 6 autres à Buenos Aires. Les 6 années passées à Mendoza, une province méditerranéenne limitrophe (avec le Chili), au pied de la Cordillère des Andes, m'ont marqué. Je fus nommé secrétaire du consulat de Mendoza mais je n'étais pas encore diplomate à ce moment là.

Le matin, je faisais mon travail au consulat. 11.000 Libanais habitaient cette région, entre Mendoza et les provinces environnantes car ce consulat desservait 2 à 3 provinces. L'après-midi, j'allais à la fac de Sciences politiques.

Le « Gaucho » Samaha

J'ai vécu 12 ans de suite en Argentine. C'était passionnant. J'ai pu entrer dans la vie « Gaochesque » c'est-à-dire la vie des indigènes. Le « Gaucho » est l'homme qui vit dans la campagne argentine, l'homme de la Pampa argentina. Ils sont même arrivés à m'appeler le « Gaucho » Samaha même si je n'étais pas Argentin. Dans tout pays où j'arrive, je fais de mon possible pour m'introduire dans la société. L'Argentine m'a beaucoup marqué, a marqué mon caractère : cet esprit sentimental, latin …

Retour au Liban en 1963 et réussite au concours de la Fonction publique

Mais malgré tout, j'avais le Liban en tête. Il occupait la grande part de mes souvenirs et de mon cœur. Je suis donc rentré en 1963 mais je me demandais si j'allais rester ou revenir en Argentine. J'ai commencé à travailler avec le Conseil national du tourisme car je connaissais plusieurs langues : le français, l'anglais, l'arabe et surtout l'espagnol qui est ma langue maternelle encore plus que l'arabe et c'est là que j'ai connu ma femme Maria. Bien sûr mon cœur balançait entre Maria et l'Argentine et j'ai tout envoyé promené pour rester aux côtés de Maria.

A partir de là, j'ai commencé à planifier sérieusement comment rester au Liban. Je me suis présenté au concours de la Fonction publique que j'ai réussi. Le Dr. Khattar Chebli que je considère comme étant une valeur nationale, faisait partie du jury et c'est lui qui m'a annoncé mon succès.

Un passage à la direction du Registre foncier et un stage au ministère des Affaires étrangères (1967)

En 1967, j'ai commencé ma carrière diplomatique. J'ai fait un petit passage à la direction générale du Registre foncier à la demande de M. Farid Dahdah qui souhaitait que fasse un travail d'épuration. Ce passage m'a beaucoup aidé par la suite dans l'aspect technique de mon travail consulaire mais pour des raisons personnelles, j'ai demandé à être transféré dans un poste qui était plus naturellement dans la fonction diplomatique. J'ai alors été envoyé au ministère des Affaires étrangères où j'ai fait mon stage durant un an environ.

Chargé d'Affaires dans l'Iran du Chah (1971)

Puis j'ai été envoyé en Iran pour la reprise des relations diplomatiques. A cette époque, il n'y avait pas de relations diplomatiques avec l'Iran à cause de l'affaire Bakhtiar. Le Général Bakhtiar avait été arrêté à l'aéroport de Beyrouth en possession d'armes ce qui a provoqué un problème entre le Liban et l'Iran et le Chah a décidé de couper les relations diplomatiques avec notre pays.

« Cyrus, dors, nous veillons ! ».

En 1971 et pour les 2500 ans de la dynastie Pahlavi, le Chah voulait faire de grandes festivités, des fêtes grandioses à Persépolis. Camille Chamoun avait à cette époque une relation spéciale avec le Chah, ce qui a influé sur la reprise des relations diplomatiques et le Liban était parmi les invités. Durant le mandat du Président Sleiman Frangieh, j'ai donc été envoyé en Iran. J'étais chargé de l'ouverture de l'ambassade et par la suite, M. Khalil el Khalil y a été nommé ambassadeur.

Les festivités des 2500 ans de la dynastie Pahlavi en Iran m'ont marqué tant elles étaient grandioses et uniques en leur genre. 60 présidents avaient été conviés et il y avait 60 tentes construites par une entreprise française pour recevoir les rois, les empereurs et les présidents du monde. Le doyen qui avait répondu au discours du Chah était l'Empereur d'Ethiopie, Heylea Selassi. Le Chah était tellement fier de se voir entouré de toutes ces têtes couronnées qu'il s'est identifié à Cyrus et a conclu son discours en disant : « Cyrus, dors, nous veillons ! ».

C'était pour moi un poste très intéressant car j'ai eu l'occasion de m'introduire au Palais impérial. J'avais une relation très spéciale avec le Palais. Tous les premiers jeudis de chaque mois, j'allais déjeuner avec Farida Diba, mère de Farah Diba qui était toujours accompagnée d'un des fils et d'une des filles du Chah. On ne voyait jamais l'aîné, héritier du trône, gardé sous contrôle pour des raisons de sécurité. On se réunissait dans un restaurant libanais « Rainbow ».

« L'irrésistible ascension du Chah »

Avant de me rendre en Iran  j'avais lu un livre pour bien comprendre ce pays : « L'irrésistible ascension du Chah ». Grâce à ce livre, j'ai pu comprendre tous les problèmes du Palais, du gouvernement et même la vie privée du Chah avec ses 3 épouses : la première qui était la sœur de Farouk Foauzya, puis Souraya, puis Farah Diba. Parallèlement à cela, j'ai essayé de comprendre l'Iran qui était devenu la 3ème puissance du monde en matière d'armement.

Les visées politiques du Chah

Au début il y eut un rapprochement entre l'Iran et les Etats-Unis. L'armée iranienne avait été formée par l'armée américaine. Mais le Chah était tellement arrogant et ambitieux que les Américains ont eu peur. Il avait des ambitions sur le Golfe, ce que nous appelons le « Golfe arabique » et que les Iraniens appellent le « Golfe persique ». Un jour, alors que j'étais dans la salle de réunion des ministres du Chah, j'ai remarqué une chaise différente des autres et vide alors que sur les autres chaises il y avait des étiquettes. J'ai demandé à la personne qui m'accompagnait ce que c'était ? Elle m'a répondu : « c'est le siège de Bahrein ». Ils considèrent Bahrein comme une province. Le Chah avait des visées politiques sur Bahrein ainsi que sur d'autres émirats arabes du Golfe.

J'ai immédiatement pensé à cette attitude adverse, à cette inimitié entre Perses et Arabes… Aussi, lorsque vous observez les pays, vous constatez que chaque pays a sa manière d'agir dans les questions politiques. Avec le Chah d'Iran c'était toujours le côté hautain, un certain espace entre lui et n'importe qui d'autre. Ses ambitions ont provoqué une certaine crainte chez les Américains et il s'est passé ce qui s'est passé et ils l'ont laissé tomber…

L'erreur de calcul des Américains

A l'époque, l'Union soviétique était très forte. Des frontières de 2500 Kms séparaient l'Iran de l'Union soviétique. Les Américains ont mal calculé. Ils ont cru qu'en créant un pays musulman fanatique aux les frontières de l'Union soviétique, cela pouvait avoir des répercussions à l'intérieur de l'URSS surtout dans les Républiques musulmanes : Azerbaidjan, Turkestan etc. et faire éclater l'Union soviétique. Ils pensaient que tous ces pays pouvaient éclater par le fanatisme musulman bien sûr opposé au communisme. Mais Khomeini est arrivé au pouvoir et il n'y eut aucune répercussion à l'intérieur de l'Union soviétique. Au contraire, Khomeini et ses hommes ont versé toute leur haine sur les Américains et sur l'Occident et nous sommes arrivés à ce qui est aujourd'hui la République islamique d'Iran.

Ce fut donc mal calculé. Des analyses politiques ont relevé comment on pouvait détruire un pays, une région, faire reculer un peuple entier des siècles en arrière à cause d'une erreur de calcul.

Directeur adjoint du Protocole

L'Iran fut un « push » dans ma carrière diplomatique. J'ai passé moins de deux ans en Iran (de fin 71 à mi-73) puis j'ai demandé mon transfert car ma fille se trouvait au Liban avec mon épouse Maria. Je suis donc rentré au Liban où j'ai été nommé directeur adjoint du Protocole au ministère des Affaires étrangères.

Le Protocole est le contentieux du ministère des Affaires étrangères

Lorsque je suis rentré à Beyrouth, j'étais donc directeur adjoint du Protocole et là, j'ai beaucoup appris. Dans la carrière diplomatique - et c'est le conseil que je donne toujours aux nouveaux diplomates - le côté financier et administratif sont importants mais il y a deux départements très importants : le département politique pour apprendre l'analyse politique et le Protocole. Le Protocole, ce n'est pas bonjour et bonsoir et recevoir ! Le département du Protocole c'est le contentieux du ministère des Affaires étrangères, c'est l'avocat du gouvernement vis-à-vis des ambassades et l'avocat des ambassades vis-à-vis du ministère des Affaires étrangères. Ce qui organise les relations entre les pays, c'est la Convention de Vienne et le département qui veille aux relations entre les ambassades et le ministère, c'est le département du Protocole.

Dans ma carrière, là où j'allais, j'apprenais quelque chose et là j'ai appris - c'était une petite porte en tant que directeur adjoint - les relations publiques. J'ai exercé cette fonction pendant quelque temps puis j'ai été envoyé à Marseille comme consul général. C'était une petite exception car je n'avais pas le grade qu'il fallait, mais il y a avait des circonstances spéciales.

Consul général à Marseille

Ce fut une grande expérience car la France est le centre d'information du monde et Marseille est une ville importante. Personnellement, j'aime toujours dans les pays la deuxième ville plutôt que la capitale. La deuxième ville est toujours très intéressante car elle a tout ce que possède la capitale mais avec plus de calme, ce qui donne une vision plus claire des choses.

A Marseille, j'ai été très content. Je me suis fait beaucoup de relations malgré des temps difficiles: 75 à 79, 4 ans. C'était l'époque la plus difficile de la guerre du Liban. J'avais 3000 étudiants dans la région de Marseille. Il y en avait 3000 aussi dans la région de Paris. Pour le Liban, la France était coupée administrativement en deux : de Lyon jusqu'au Sud (Lyon inclus), c'était notre consulat à Marseille et de Lyon jusqu'au Nord (Nantes, Paris etc.) c'était le consulat à Paris.

Le Comité d'aide aux étudiants libanais

Il y avait à cette époque des difficultés : certaines personnes arrivaient sans argent, certains étudiants n'arrivaient pas à payer le restau et la Cité universitaire. J'ai donc formé avec des Libanais un Comité d'aide pour certains étudiants. Ce comité était composé d'organisations comme la Siotat (le port où on construisait les bateaux et qui appartenait au Liban), la Chambre de Commerce franco libanaise, la Banque libano française, la Fransabank, de grands commerçants, de grandes Cies, etc. J'ai pu constituer ce comité avec l'aide de deux médecins libanais en France et on a pu réunir des centaines de milliers de francs distribués aux étudiants. On payait 300F par étudiant car ils n'avaient pas accès à leurs parents pour recevoir de l'argent. Ces fonds étaient des donations car nous avions reçu cela nous-mêmes comme donations et nous voulions les dépanner.

J'ai donc formé ce comité et deux médecins le dirigeaient : Sélim Khoury, originaire de Beit el Chaar et Abdul Samad originaire du Chouf. Les étudiants venaient au consulat pour que les choses soient claires, faisaient leur demande et moi je préparais l'accord et le passais à ces médecins qui, dès réception du OK, signaient le chèque et les étudiants encaissaient l'argent. On a fait cela pendant plusieurs mois et cela jusqu'à ce que les banques libanaises s'organisent. Par la suite, les banques libanaises se sont mises à ouvrir des branches dans toutes les régions du Liban à cause de la guerre et pour que tout le monde puisse les atteindre.

A Marseille, on n'a pas eu de difficultés et les Libanais étaient bien vus. Entre les membres des colonies libanaises dans le monde, il y a toujours des divisions politiques. Je suis resté neutre et à la même distance avec tout le monde et je peux dire que, grâce à Dieu, j'ai la conscience tranquille. Quand j'ai quitté Marseille, le journal « Le Provençal » titrait « Quand un ami nous quitte ». C'était une grande satisfaction pour moi !

Un diplomate doit avoir de la culture

Nous avons eu en France une vie culturelle. Un diplomate doit avoir de la culture sinon on le méprise. Les Français ne sont pas faciles. Au Liban, nous avons beaucoup de culture et elle est très profonde. De mon temps, elle était même supérieure à celle de la France lorsque j'y étais. Il m'arrivait d'assister à l'émission « Questions pour un champion » et autres programmes et j'étais étonné car il y a des choses élémentaires dans la littérature française que les Français mêmes ne connaissent pas. Par exemple, on leur demandait comment on divise les époques de la littérature française ? Ils ne savaient pas qu'il y a le Moyen Age, le 17ème siècle, le Classicisme etc. On leur demandait : « Quel est le siècle du romantisme ? » Ils répondaient « le 18 ème siècle » alors que le 18 ème siècle est celui de la philosophie de la pensée etc.

En France, je donnais des conférences, mon épouse aussi. On a été respectés et le Liban a été respecté. La société française et surtout la société marseillaise est traditionnelle, très fermée et il faut être à la hauteur…

La diplomatie libanaise n'est pas seulement une diplomatie politique. Nous ne voulons ni conquérir ni être conquis. Nous voulons vivre libres. La diplomatie libanaise c'est la diplomatie culturelle, sociale, économique, mais avant tout, ce qui compte, c'est la présence. Je peux être un grand ambassadeur pour mon gouvernement ici, je peux envoyer des analyses politiques extraordinaires dans la valise diplomatique, le ministre la reçoit et la met dans son tiroir mais personne ne sait là où je me trouve en France, que cette analyse est grandiose. Ce que les Français regardent comme dans n'importe quel Etat où un ambassadeur représente son pays, c'est le comportement, la présence, la culture, le contact personnel… C'est ce qui reste pour eux. Alors, si l'ambassadeur représente bien son pays socialement et culturellement, ils vous disent : « le Liban est un grand pays ». Si au contraire, son comportement n'est pas correct, alors « le Liban est un pays arriéré, du Moyen Age ». C'est pour cela que je dis que la diplomatie libanaise n'est pas seulement la diplomatie politique, c'est la diplomatie sociale, culturelle et économique.

La France, un Centre d'Information

Ce qui m'a frappé dans mon expérience marseillaise c'est le contact, comment les Français, avec leur société très fermée, jugent les autres… A Téhéran, c'était un poste politique très intéressant. J'ai beaucoup appris comment se font les relations entre les pays et comment elles se détériorent. A Marseille, c'était un poste d'information. La France est un centre d'information. Les journalistes font de très bonnes analyses, les politiciens sont pragmatiques et on apprend beaucoup de choses avec eux. On se sent chez nous car ils ont la même mentalité, le même système politique, les mêmes analyses et on est à l'aise…

Mes relations avec le gouvernement libanais étaient faciles de ce temps là car il n'y avait qu'un seul gouvernement. Ce n'est que par la suite, lorsque j'étais en Chine qu'il y a eu les 2 gouvernements. Mais là, ça se passait normalement. C'était la guerre des deux ans, une guerre idéaliste où les Libanais savaient qu'ils allaient être remplacés par les Palestiniens, alors il y avait cet enthousiasme chez tout le monde. Ensuite la guerre est devenue sale… Le ministère des Affaires étrangères au Liban est resté intouché. Je suis donc resté à Marseille jusqu'en 1979.

En 1979, alors que le ministère des Affaires étrangères au Liban avait confirmé à ma femme la poursuite de mes fonctions à Marseille, je reçois un coup de fil du ministre me disant que devais aller à Rio de Janeiro – alors que j'avais déjà inscrit ma fille à l'école et organisé notre séjour en France. C'est dire les difficultés de la vie diplomatique car il y avait des tas de problèmes à régler. On a donc tout laissé en France et on est allés à Rio de Janeiro.

Consul général à Rio de Janeiro

En Iran, c'était la politique internationale que j'ai pu suivre. En France, c'était un pays où il y avait une analyse pragmatique dans la diplomatie. A Rio de Janeiro, c'était la colonie libanaise, une armée derrière le consul général et qui était à sa disposition. Il était plus facile de travailler là-bas avec la colonie libanaise mais plus difficile avec la politique brésilienne. Au Brésil il y a une présence massive de Libanais (8 millions) et le diplomate au Brésil, comme dans tout pays où il y a beaucoup de Libanais, est très gâté. Je me sentais très fort et faisais tout ce que je voulais, même si je n'étais pas ambassadeur mais consul général car l'ambassade était à Brasilia. Le poste de consul général à Rio était, à mon avis, plus intéressant que celui d'ambassadeur à Brasilia.

Formation de la «Convention des Entités libano brésiliennes»

J'ai passé 4 ans à Rio. Je peux dire que j'ai marqué avec mon passage car j'étais à la base de la formation de la « Convention des Entités libano brésiliennes ». Il y avait à Rio des centaines de clubs (parmi lesquels le club Monte Lebanon) mais il n' y avait pas d'unité dans le travail, de cohésion pour marquer d'avantage la présence du Liban. Alors j'ai demandé à mon ambassadeur, M. Dahdah, de m'occuper de la question et il a préféré que je me mette moi-même en contact avec la colonie libanaise au Brésil. Alors j'ai fait des visites à toutes les provinces pour leur proposer une convention entre tous ces clubs.

J'ai fait la première réunion à Rio de Janeiro et 105 clubs de toutes les provinces, entités, clubs, associations et même clubs mixtes syro-libanais (car il fallait absorber tout ce qui était libanais et n'exclure personne) sont venus et on a formé ce qu'on l'on a appelé « la Convention des Entités libano brésiliennes ». Je l'ai appelé convention car pour une fédération ou une association, il faut faire des élections tous les ans pour la présidence, alors que ce n'était pas le cas pour une convention. Je leur disais par exemple, cette année vous venez à Rio de Janeiro et c'est le président du club Monte Lebanon de Rio qui sera le président mais l'année prochaine ce sera à Sao Paolo et ce sera le président du club de Sao Paolo qui sera le président et nous avions un coordinateur général qui, durant l'année, faisait le travail administratif et des relations publiques.

Le but était merveilleux, non seulement au niveau national, mais aussi au niveau commercial car les gens se rencontraient: un fabriquant de meubles avec un exportateur de bois par exemple et ils ont fait des opérations bois meubles. C'était le contact entre Libanais. L'émigration libanaise au Brésil date de 1880 et il y avait des gens qui ne se connaissaient pas. Ce fut donc une occasion pour qu'ils fassent connaissance. Cela servait le Liban et la position des Libanais et c'était très intéressant pour eux.

J'avais constaté que l'Union libanaise mondiale ne fonctionnait pas. Ils se réunissaient dans un pays et se disputaient pour la présidence puis ils passaient toute l'année à penser aux prochaines élections de la présidence et ne faisaient rien du tout. Avec cette convention, on a fait des relations plus profondes et même des relations politiques avec les Brésiliens et nous avons obtenu beaucoup d'avantages avec cela. Notre présence pesait. Avant cela, il s'agissait d'une présence individuelle : un grand avocat, un grand ministre de la Marine (L'Amiral Alfredo Karam), un grand ministre de la Justice (Ibrahim Abi-Akl), 54 députés, 18 sénateurs d'origine libanaise etc … Au niveau individuel, ils étaient donc très capables mais comme force libanaise sur le terrain, ils n'étaient pas organisés. La Convention des Entités libano brésiliennes a donné de bons résultats.

La doctrine de Monroy: «  L'Amérique aux Américains  »

Au Brésil, j'étais consul général. Le Brésil est un pays formé de plusieurs communautés et les communautés ne pouvaient pas se manifester chacune à sa façon. Il y avait des limites. Par exemple, il y avait des lois (je ne sais pas si ça a changé maintenant) qui stipulaient que si l'on avait la nationalité brésilienne, on devait renoncer à sa nationalité d'origine. Le Brésil est un pays d'immigration, un pays entrain de se former. Il a obtenu son indépendance en 1810. C'est un pays jeune. Alors ils doivent prendre des mesures, parfois un peu dures, pour former leur entité. Même lorsqu'on travaille en tant que Libanais, il y a une certaine limite. La femme d'un grand journaliste nous avait un jour conseillé de ne pas beaucoup bouger la colonie libanaise. Peut-être ont-ils été dérangés par le libanisme que j'inculquais ? Nous avons même fait l'objet d'un attentat ma femme et moi.

Les relations entre les pays sont dominées par les intérêts. Même s'il y a beaucoup de Libanais au Brésil, le Brésil a d'avantage intérêt avec les Etats-Unis et à la « panamerican spirit » qu'avec nous. Tous les pays du continent américain (Nord, Centre et Sud) suivent ce que l'on appelle la doctrine de Monroy : «  L'Amérique aux Américains  ». Le Brésil préfère donc que le Brésil soit aux Brésiliens. Les pays d'immigration où nous avons des émigrés essayent de freiner le nationalisme des communautés qui forment leur société. Si les Italiens, les Espagnols, les Libanais, les Juifs etc. faisaient chacun une République à l'intérieur de l'Etat, il n'y aurait plus ni Brésil, ni Argentine …

J'ai donc senti des limites à mon action mais non par la force. Je l'ai même senti de la part des membres de la communauté libanaise qui étaient réticents car ils étaient entre 2 feux : leurs intérêts dans le pays où ils vivent et le pays de leurs parents et de leurs ancêtres.

Au Brésil, nous avions même une émission radio en langue arabe pour parler du Liban «  A l'ombre du Cèdre  ».

Ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire

Après le Brésil en 1982, j'ai été promu ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire et j'ai été appelé au Liban pour prendre en charge le poste de directeur général du Protocole et des Relations publiques à la Présidence de la République avec le Président Amine Gemayel. J'y ai passé 2 ans de 83 à 85. Là aussi c'était une grande porte qui s'était ouverte devant moi car, pour un ambassadeur, revenir après 10 ans au Liban, c'est très difficile, c'est comme s'il revenait dans un pays étranger. Les amis, les parents etc. l'oublient et c'était une grande porte pour reprendre avec tout le monde.

Ambassadeur du Liban en Chine

En 1985, il y a eu du mouvement diplomatique et j'ai été envoyé en Chine. Je ne savais absolument rien de ce pays. Je me faisais l'idée que se font tous les Libanais, jusqu'à présent, que la Chine est un pays communiste et séparé du monde. Mon épouse était très contente et rêvait d'aller en Chine. Elle a de la curiosité culturelle et la Chine était pour elle un champ très intéressant et différent de ce qu'elle connaissait.

Entre 1985 et 1998, un extraordinaire avancement de la Chine

Je suis arrivé en Chine en 1985. J'ai pu accompagner plusieurs évolutions pour ne pas dire révolutions car chaque changement dans un système comme le régime chinois est une révolution. Si Mao dit quelque chose et qu'on ne le fait pas, on est considéré révolutionnaire contre Mao.

C'était l'époque du début de l'ouverture. Jusqu'en 1977, il y avait la révolution culturelle. La Chine était coupée du monde. Les enseignants étaient dans les champs et ils fermaient les écoles pour aller aux champs. Ils ont appelé cela culturel mais ce qu'ils ont fait était contre la culture mais peut-être qu'elle était culturelle au sens chinois.

Personnellement, je juge un pays à travers la femme. Si la femme est évoluée, c'est que le pays est en avance. J'ai pu remarquer entre 1985 et 1998 (13 ans) un avancement extraordinaire de la Chine car j'ai vu l'évolution de la femme du point de vue mental comme du point de vue de son aspect extérieur. J'ai pu accompagner 4 (r)évolutions en Chine. Quand je suis arrivé dans ce pays, la femme portait du gris ou du bleu, un pantalon et avait les cheveux coupés courts. Les Chinois ne riaient jamais, ne souriaient jamais et quand il y avait un sourire, c'était comme on dit un « sourire jaune ». Vous ne saviez pas s'ils étaient contents ou fâchés. C'était la première impression que vous aviez quand vous voyiez un chinois.

C'était donc un peu difficile pour nous de changer de société; le comportement des gens était différent, les approches étaient différentes d'une société occidentale. Aussi, même s'il y avait le communisme, il y avait des gens qui avaient leurs idées; on n'osait même pas discuter politique et tous avaient la même réponse même s'ils n'y croyaient pas.

Deux domaines où nous pouvions travailler : la Culture et le Commerce

Avec le temps, l'ambassade du Liban est devenu le centre culturel de toutes les ambassades arabes, de l'université de Pékin et de tous les centres culturels. On organisait des conférences tous les mois, soit à la Résidence, soit à l'hôtel Sheraton qui était en face de nous.

En Chine, il n' y avait pas de communauté libanaise comme ailleurs. Alors il fallait travailler avec les gens du pays. Mais travailler à quoi ? Travailler politique ? On ne pouvait pas le faire car la politique de la Chine est définie. Nous avons un autre système que le leur. Ils ont un système spécial. Tout le monde croit que c'est un communisme très rigide, ce qu'il n'est pas. Mais c'était l'idée que nous en avions. Ils ont un système qui fait avancer le pays de façon extraordinaire. Mais comme nous ne pouvions pas beaucoup travailler sur le champ politique, à part renforcer les relations entre les deux pays, il y avait deux autres domaines où nous pouvions travailler : la culture et le commerce.

Des échanges commerciaux décuplés

Le commerce : lorsque je suis arrivé nous avions des échanges commerciaux entre le Liban et la Chine de 45 millions de dollars par an. Lorsque j'ai quitté, le volume avait atteint environ 400 millions de dollars, donc 10 fois plus, un progrès énorme. Certains pays pourtant plus industrialisés que nous, comme l'Argentine, n'arrivaient pas à 600 millions alors que nous, nous avions atteint 400 millions. Seuls les pays arabes exportateurs de pétrole arrivaient au double : 800 millions ou 1 milliard de dollars.

Une Chambre de commerce arabo chinoise

J'étais en contact avec la Chambre de commerce du Liban : M. Kassar. Il est venu en Chine et nous avons fondé ensemble la Chambre de commerce arabo chinoise. Je ne me suis pas concentré sur le Liban car le Liban pouvait profiter du commerce arabe avec la Chine et les Chinois ont un certain penchant pour les Arabes, ceux-ci étant leurs voisins au Sud (à 8 heures de vol) et le nombre de consommateurs les intéressait. Aussi, la qualité du produit chinois n'était pas une qualité qui pouvait être commercialisée au Liban. La qualité du produit n'était pas à l'époque à la hauteur du marché libanais.

On a donc fondé la Chambre de commerce arabo chinoise et on a fait la première réunion de cette Chambre à Pékin d'abord et à Beyrouth l'année d'après. Toutes les Chambres de commerce arabes et la Chambre de commerce chinoise sont venues à Beyrouth. On faisait beaucoup de propagande pour les produits chinois au Liban et beaucoup de Libanais sont allés en Chine. On a donc développé le commerce.

L'université de Pékin et l'association des écrivains chinois arabophones

Le deuxième volet où l'on pouvait travailler en Chine, c'était le volet culturel avec l'université de Pékin et l'association des écrivains chinois arabophones. J'organisais tous les mois une conférence. Il y avait au moins 200 personnes présentes entre professeurs et étudiants. Ils venaient tous à ces conférences que j'organisais et on a fait traduire 30 à 40 livres d'auteurs libanais en chinois : toute l'œuvre de Gébrane Khalil Gébrane, les œuvres de Mikhael el Naimé, d'Amine el Rihani, Toufic Awad, Emilie Farès Ibrahim etc. et une grande partie de ces livres a été préfacée par moi. On a même fait une exposition de livres sur Gébrane Khalil Gébrane et j'avais pris comme logo une plume entre la Grande Muraille de Chine et le Cèdre du Liban.

 

« Pour aimer un peuple, il faut le connaître »

Mon séjour en Chine a transformé ma façon de voir ce pays. Je me souviens de ce dicton : « Pour aimer un peuple, il faut le connaître ». J'ai bien connu le peuple chinois et je peux vous dire que j'avais une certaine influence au sein du gouvernement chinois durant les années passées là-bas. Ils ont pu évaluer mon comportement au moment du déchirement du gouvernement libanais entre le général Aoun et le président Hoss.

Je recevais du Président Hoss et du Général Aoun des informations, des instructions ou des notes pour informer la Chine. Bien sûr, je les présentais en disant « le Premier ministre du Liban a déclaré telle chose ». Or leur ambassadeur était à l'Ouest et il avait plus de relations avec le président Hoss qu'avec le général Aoun. Ils m'ont un jour appelé au ministère et le ministre m'a dit : M. l'ambassadeur, nous avons un problème. Vous nous informez de telle chose et nous recevons de notre ambassade telle et telle chose.

Je lui ai répondu : je suis la voix du Liban. Quand je suis arrivé chez vous, je suis venu avec mes lettres de créance me nommant ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire et signé par un Président de la République appelé Amine Gemayel. Quand Amine Gemayel a fini son mandat en 1988, il a décrété la nomination de Michel Aoun comme Premier ministre. Si vous reconnaissez mes lettres de créance comme ambassadeur, vous devez aussi reconnaître la signature du Premier ministre. Si vous n'acceptez pas cela, je dois m'en aller. Il m'a répondu, non, nous vous reconnaissons, nous reconnaissons le général Aoun, mais nous avons un problème avec le dualisme que vous avez au Liban avec le président Sélim el Hoss.

Ils ont alors totalement changé leur comportement avec moi. C'était très positif et ils m'ont donné carte blanche surtout que j'étais le doyen du Corps diplomatique arabe, le président du Conseil des ambassadeurs arabes, le vice- doyen de tout le Corps diplomatique en Chine et le coordinateur général du groupe des ambassadeurs francophones à Pékin.

Un peuple sérieux, un Gouvernement responsable

Il ne faut jamais juger un pays ou un peuple sans le connaître. Les Chinois sont un peuple sérieux. Le gouvernement chinois est un gouvernement responsable. Les politiciens sont responsables et sérieux ; ils exécutent ce qu'ils planifient : les plans quinquennaux et décennaux sont respectés. C'est un peuple qui ne se mêle pas de politique lorsqu'il est satisfait économiquement. Il remplit son estomac et il est satisfait. Les vêtements, la scolarisation, l'hospitalisation tout est réglé. Le peuple est satisfait. Ils disent qu'ils n'ont pas la liberté. C'est vrai, mais ils ont commencé à l'avoir et ils ont même une certaine opposition.

Leur Grand Timonier Deng Xiaoping a élaboré 2 doctrines, l'une en Sciences politiques et l'autre en Sciences économiques

Voici comment les Chinois ont pu résoudre la question de HongKong : Deng Xiaoping a promis à Margaret Thatcher de laisser HongKong avec le système appliqué par les Anglais durant 50 ans, c'est-à-dire le système d'économie libre (finances, banques etc.). Pourtant HongKong est une partie de la Chine. Deng Xiaoping a dit « un pays avec deux systèmes », ce qui, en Sciences politiques, est une hérésie car l'égalité est nécessaire dans tout pays. Par exemple, les citoyens de HongKong peuvent avoir une liberté d'action dans les finances, le commerce, tandis qu'à l'intérieur du pays, à Pékin, c'est le gouvernement qui tient tout cela. C'est une hérésie, mais c'est une nouveauté qui a pu résoudre le problème sans guerre entre la Chine et la Grande-Bretagne. La Chine garde sa souveraineté sur HongKong mais à HongKong l'économie fonctionne comme toujours, sans intervention de la part des Chinois.

De même en Economie, il y a l'Economie de marché et l'Economie socialiste. Alors Deng Xiaoping a créé l'Economie socialiste de marché.

En Sciences politiques Deng Xiaoping a donc élaboré une doctrine et en Sciences économiques il en a élaboré une autre.

Mes recommandations aux nouveaux diplomates :

  1. Savoir garder parfois le silence qui est le sanctuaire de la prudence. C'est le moyen de tenir les esprits en suspens.
  2. Se rendre toujours nécessaire et bien se garder de vaincre ses supérieurs qui veulent être aidés mais non surpassés.
  3. Ne jamais se montrer passionné et ne jamais agir durant la passion.
  4. Démentir les défauts de sa nation.
  5. Fréquenter ceux de qui l'on peut apprendre.
  6. Trouver le faible de chacun, connaître son propre fort et peser les choses selon leur juste valeur.
  7. Corriger son antipathie et n'être point esprit de contradiction.
  8. Se faire désirer et regretter.
  9. Ne point mentir mais ne point dire toutes les vérités.
  10. Savoir faire l'ignorant et surtout ne jamais en venir à la rupture.

M. Farid Samaha
Ambassadeur du Liban.
Fondateur de la Ligue libano chinoise d'Amitié et de Coopération.
Président de la Commission sociale et des Relations publiques au Cercle des Ambassadeurs du Liban.

 

 

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Me Auguste BAKHOS
Former President of the Parliamentary Committee of the Administration and Justice