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Discours du Saint-Père devant
des responsables musulmans

(19.08.2005)

Chers amis musulmans,

C’est pour moi un motif de grande joie de vous accueillir et de vous adresser mon salut cordial. Je suis ici pour rencontrer les jeunes de toutes les parties de l’Europe et du monde. Les jeunes sont l’avenir de l’humanité et l’espérance des nations. Mon bien-aimé prédécesseur, le Pape Jean-Paul II, disait un jour aux jeunes musulmans réunis dans le stade de Casablanca, au Maroc: «Les jeunes peuvent construire un avenir meilleur s’ils mettent d’abord leur foi en Dieu et s’ils s’engagent à édifier ce monde nouveau selon le plan de Dieu, avec sagesse et confiance» (n. 4: La Documentation catholique 82 [1985], p 943). C’est dans cet esprit que je m’adresse à vous, chers amis musulmans, pour partager avec vous mes espérances et aussi pour vous faire part de mes préoccupations en ces jours particulièrement difficiles de l’histoire de notre temps.

Je suis sûr d’interpréter aussi votre pensée en mettant en évidence, parmi les préoccupations, celle qui naît du constat de l’expansion du phénomène du terrorisme. Des actions terroristes continuent à se produire dans diverses parties du monde, semant mort et destruction, jetant beaucoup de nos frères et sœurs dans les larmes et le désespoir. Ceux qui ont pensé et programmé ces attentats démontrent leur désir de vouloir envenimer nos relations, se servant de tous les moyens, même de la religion, pour s’opposer à tous les efforts de convivialité pacifique, loyale et sereine. Le terrorisme, quelle qu’en soit l’origine, est un choix pervers et cruel, qui bafoue le droit sacro-saint à la vie et qui sape les fondements mêmes de toute convivialité sociale. Si nous réussissons ensemble à extirper de nos cœurs le sentiment de rancœur, à nous opposer à toute forme d’intolérance et à toute manifestation de violence, nous freinerons la vague du fanatisme cruel qui met en danger la vie de nombreuses personnes, faisant obstacle à la progression de la paix dans le monde. La tâche est ardue, mais elle n’est pas impossible. Le croyant sait en effet qu’il peut compter, malgré sa fragilité, sur la force spirituelle de la prière.

Chers amis, je suis profondément convaincu que nous devons proclamer, sans céder aux pressions négatives du moment, les valeurs de respect réciproque, de solidarité et de paix. La vie de tout être humain est sacrée, que ce soit pour les chrétiens ou pour les musulmans. Nous avons un grand champ d’action dans lequel nous nous sentons unis pour le service des valeurs morales fondamentales. La dignité de la personne et la défense des droits qui découlent de cette dignité doivent être le but de tout projet social et de tout effort mis en œuvre dans ce sens. Il s’agit d’un message rappelé sans équivoque par la voix ténue mais claire de la conscience. Il s’agit d’un message qu’il faut écouter et faire écouter: si l’écho s’en éteignait dans les cœurs, le monde serait exposé aux ténèbres d’une nouvelle barbarie. C’est uniquement sur la reconnaissance du caractère central de la personne que l’on peut trouver un terrain commun d’entente, dépassant les éventuelles oppositions culturelles et neutralisant la force explosive des idéologies.

Dans la rencontre que j’ai eue au mois d’avril avec les Délégués des Églises et Communautés ecclésiales, et avec les représentants des diverses Traditions religieuses, j’ai déclaré: «Je vous assure que l’Église souhaite continuer d’établir des ponts d’amitié avec les membres de toutes les religions, dans la recherche du bien véritable de toute personne et de la société dans son ensemble» (La Documentation catholique, 102 [2005], p. 550). L’expérience du passé nous enseigne que le respect mutuel et la compréhension n’ont pas toujours marqué les relations entre chrétiens et musulmans. Combien de pages de l’histoire évoquent les batailles et aussi les guerres qui se sont produites, en invoquant, de part et d’autre, le nom de Dieu, en laissant presque penser que combattre l’ennemi et tuer l’adversaire pouvaient lui être agréables. Le souvenir de ces tristes événements devrait nous remplir de honte, connaissant bien les atrocités qui ont été commises au nom de la religion. Les leçons du passé doivent nous servir à éviter de répéter les mêmes erreurs. Nous voulons rechercher les voies de la réconciliation et apprendre à vivre en respectant chacun l’identité de l’autre. En ce sens, la défense de la liberté religieuse est un impératif constant, et le respect des minorités est un signe indiscutable d’une véritable civilisation.

À ce propos, il est toujours opportun de se rappeler ce que les Pères du Concile Vatican II ont dit concernant les relations avec les musulmans: «L’Église regarde aussi avec estime les musulmans, qui adorent le Dieu unique, vivant et subsistant, miséricordieux et tout-puissant, créateur du ciel et de la terre, qui a parlé aux hommes, et aux décrets duquel, même s’ils sont cachés, ils s’efforcent de se soumettre de toute leur âme, comme s’est soumis à Dieu Abraham, à qui la foi islamique se réfère volontiers [...]. Même si, au cours des siècles, de nombreuses dissensions et inimitiés sont nées entre chrétiens et musulmans, le saint Concile les exhorte tous à oublier le passé, à pratiquer sincèrement la compréhension mutuelle, ainsi qu’à protéger et à promouvoir ensemble, pour tous les hommes, la justice sociale, les biens de la morale, la paix et la liberté» (Déclaration Nostra ætate, n. 3).

Chers amis, vous représentez certaines Communautés musulmanes qui existent dans le pays dans lequel je suis né, dans lequel j’ai étudié et vécu une bonne partie de ma vie. C’est précisément pour cela que j’avais le désir de vous rencontrer. Vous guidez les croyants de l’Islam et vous les éduquez dans la foi musulmane. L’enseignement est le moyen par lequel se communiquent idées et convictions. La parole est la voie royale de l’éducation des esprits. Vous avez donc une grande responsabilité dans la formation des nouvelles générations. Ensemble, chrétiens et musulmans, nous devons faire face aux nombreux défis qui se posent en notre temps. Il n’y a pas de place pour l’apathie, ni pour le désengagement, et encore moins pour la partialité et le sectarisme. Nous ne pouvons pas céder à la peur, ni au pessimisme. Nous devons plutôt cultiver l’optimisme et l’espérance. Le dialogue interreligieux et interculturel entre chrétiens et musulmans ne peut pas se réduire à un choix passager. C’est en effet une nécessité vitale, dont dépend en grande partie notre avenir. Les jeunes, provenant de nombreuses parties du monde, sont ici à Cologne comme des témoins vivants de la solidarité, de la fraternité et de l’amour. Je souhaite de tout mon cœur, chers amis musulmans, que le Dieu miséricordieux et plein de compassion vous protège, vous bénisse et vous éclaire toujours. Que le Dieu de la paix soutienne nos cœurs, nourrisse notre espérance et guide nos pas sur les chemins du monde !

 

 

 

 

 

 

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