DEPUIS l'application de la politique de réforme
et d'ouverture, les jeunes Chinois ont de nombreux contacts avec la
culture populaire occidentale. Ils se rendent souvent dans les McDonald's,
KFC (Kentucky Fried Chicken) et Pizza Hut pour s'imprégner
de l'ambiance occidentale qu'a apportée l'arrivée de
la restauration rapide. Ils adorent les longs métrages de Hollywood
et se passionnent pour les tournois de la NBA et les matchs de foot.
En Chine, en seulement quelques années, le
nombre de succursales de McDonald's est passé à 600
environ ; celui des KFC dépasse le millier. Les films de Hollywood
occupent une grande part du marché chinois du film pour atteindre
un milliard de yuans par année; la CCTV (Télévision
centrale de Chine) diffuse en direct, presque chaque soir, des tournois
de la NBA sur sa chaîne de sports. Les revues officielles Hoop
et NBA Inside Stuff trouvent un auditoire de plus en plus nombreux
parmi les jeunes.
En 1999, d'après une enquête effectuée
auprès de lycéens des régions littorales de Chine,
les élèves faisaient de Michael Jordan et de Chan Lung
(Jackie Chan) leurs idoles. La deuxième enquête effectuée
en 2002-2003 montre un nouveau classement : Andy Lau (Liu Dehua),
Jackie Chan et David Beckham. « Il faut avouer que les pays
occidentaux développés sont plus avancés que
la Chine. Leur culture et leurs produits suscitent toujours un vif
intérêt chez les Chinois », dit Zhang Yan, étudiante
de 3e année de l'Institut de diplomatie de Beijing. Parmi ses
amis et ses camarades, si quelqu'un ne connaît pas les noms
des vedettes de football et de basket-ball, ils paraissent un peu
arriérés. La culture occidentale exerce une grande influence
sur des élèves du secondaire et du primaire. Ils connaissent
bien « Harry Potter » et « Finding Nemo »,
et ils ont fait de Michael Jordan et de David Beckham leurs idoles.
Ils aiment porter des vêtements sport portant la marque Nike
et Adidas.
Dans ce contexte, la civilisation traditionnelle chinoise
a perdu la faveur des jeunes. Parmi les fêtes traditionnelles
chinoises, la fête du Printemps est toujours considérée
comme une fête de premier plan. Cependant, la fête des
Lanternes (la nuit du quinzième jour de la première
lune) et la fête du Dragon (le cinquième jour du cinquième
mois lunaire) sont peu à peu oubliées par les jeunes,
alors que la Saint-Valentin, Noël, la fête des Pères
et celle des Mères sont de plus en plus célébrées.
Par ailleurs, le mariage à l'occidentale que favorisent certains
jeunes a froissé les sentiments des parents. En 2000, une enquête
effectuée auprès de jeunes de Beijing montre que 30
% des jeunes s'opposaient aux relations prémaritales et que
46 % des jeunes de moins de 20 ans y étaient favorables. C'est
pourquoi des sociologues ont sonné l'alarme : on doit résister
à la pénétration de la culture occidentale.
La tradition profondément enracinée
La réalité sociale témoigne que
la culture occidentale a influencé les notions de valeur et
le mode de vie des jeunes Chinois. Dans ce contexte, il faut bien
analyser si la majorité des jeunes Chinois assimileront peu
à peu la culture occidentale.
Après avoir lu des reportages dans les médias,
Zhang Yan a de la peine à les croire. Ses propres observations
de la société et ses discussions avec ses camarades
lui ont permis d'analyser l'influence de la culture occidentale. Avec
ses camarades, elle a effectué des enquêtes auprès
de centaines de jeunes âgés de 15 à 30 ans de
sept villes du pays : Beijing, Chongqing, Xining, Weihai, etc. Ses
études ont confirmé son hypothèse. Elle a finalement
découvert que 62,55 % des jeunes aiment dîner à
l'occidentale et ont un esprit indépendant, et que 10 % adorent
la nourriture occidentale et la restauration rapide. Sur le plan familial,
15,03 % des jeunes préconisent la liberté et l'indépendance,
et 44 % mettent l'accent sur les droits et devoirs envers la société.
Le résultat de ses enquêtes a été confirmé
par le professeur Fang Ning, expert des études sur la question
des jeunes Chinois à l'Institut de politique de l'Académie
des sciences sociales de Chine. Le professeur Fang estime que l'influence
de la culture occidentale sur les jeunes Chinois n'est pas à
ce point profonde pour justifier certains reportages exagérés,
surtout pour ce qui concerne la moralité et la notion des valeurs.
Cela a été confirmé dans les enquêtes de
Zhang Yan. Les réponses à ses questionnaires ont révélé
que les jeunes Chinois aiment beaucoup les films occidentaux, car
la technique des films de Hollywood est remarquable. Cependant, le
contexte historique, culturel et social ne les attire pas particulièrement.
En un mot, l'influence sur le comportement ne signifie pas une approbation
aveugle de la culture occidentale.
Par ailleurs, l'influence de la culture occidentale
est limitée à des groupes d'âge et à des
régions. Les jeunes de la grande ville constituent un groupe
qui dispose d'un accès facile à la culture occidentale
par une grande variété de canaux. Au contraire, les
jeunes des villes moyennes et petites n'ont pas ces occasions et n'ont
pas la connaissance de la culture occidentale des premiers. Cette
année, Yu Jun a 40 ans. Dans les années 1980, il étudiait
à l'université. Sous l'influence du libéralisme,
on préconisait alors l'occidentalisation intégrale.
Tout comme les autres jeunes, Yu Jun menait alors une « vie
à l'occidentale ». Aujourd'hui, un grand nombre de ses
camarades sont encore célibataires. Yu Jun déclare :
« À cette époque-là, vivre en célibataire
correspondait à une nouvelle tendance. Aujourd'hui, le choix
du célibat est une action réfléchie. Les jeunes
pourront grandir sous le drapeau rouge. Je crois qu'ils sont en mesure
de s'éveiller et de maintenir à nouveau la tradition.
»
Les enquêtes de Zhang Yan nous laissent entrevoir
la situation actuelle de la culture des jeunes Chinois. Selon celles-ci,
les étudiants chinois n'oublient jamais la tradition millénaire
de la nation chinoise. Citons à l'appui un exemple donné
par un professeur des États-Unis : les étudiants occidentaux
considèrent le week-end comme une période de repos,
mais les Chinois qui étudient à l'étranger profitent
de ce temps pour lire. Ces différences donnent à penser
que la tradition chinoise est incontournable et que les jeunes Chinois
auront de la difficulté à vivre en parfaite harmonie
dans la société occidentale. M. Stanley Rosen, professeur
du département de sciences politiques de l'université
South California, a prononcé une conférence en Chine
en août dernier. Il y déclarait : « J'ai demandé
à nos étudiants chinois de me dire pourquoi ils étudient
dans le département de sciences politiques. Ils m'ont répondu
: pour obtenir facilement un visa. Mais après un an d'études,
la grande majorité de ceux-ci avaient changé pour l'informatique
ou le MBA. En réalité, tous ces jeunes pragmatiques
profitaient d'abord des études politiques pour se rendre aux
États-Unis et changeaient ensuite de département ou
faisaient simplement du commerce. » Le professeur Stanley Rosen
estime que de tel cas ne se rencontrent pas uniquement aux États-Unis.
Peut-être certains jeunes Chinois prennent-ils qu'un seul volet
de la « réalité occidentale »!
Combiner la culture traditionnelle chinoise et la
culture occidentale
Aujourd'hui, les médias ont connu un grand
développement. Les jeunes Chinois entrent en contact avec la
culture occidentale par des voies multiples, surtout depuis la vulgarisation
d'Internet. En quelques heures seulement, quantité d'informations
et de nouveaux modes de vie peuvent se répandre partout dans
le monde par Internet. D'après les statistiques du CNNIC, au
30 juin 2004, on comptait 87 millions d'internautes, et la plupart
des usagers étaient des jeunes. Internet est maintenant un
canal important pour connaître une grande variété
de cultures. L'ouverture de la société moderne et la
diversité des cultures permettent aux jeunes Chinois d'affronter
le défi de la culture occidentale et de chercher leurs propres
racines culturelles.
Éprouvés par le libéralisme des
années 1980, les jeunes Chinois ont augmenté leurs connaissances
et ils n'ont plus une confiance aveugle dans la culture occidentale.
Face à la culture occidentale et à la culture traditionnelle
chinoise, ils analysent, comparent et distinguent. En 2000, des enquêtes
et des recherches sur la conception du monde, la conception de la
vie et la notion des valeurs des jeunes ont été effectuées
à Tianjin. Ces recherches ont démontré des changements
en ce qui concerne leur conception de la vie par rapport au mariage
et à la sexualité. On comptait 7,7 % d'étudiants
et 7,2 % de jeunes travailleurs qui favorisaient la liberté
sexuelle, et 73,3 % qui s'y opposaient. En revanche, la plupart des
jeunes écartaient la moralité féodale et l'exigence
de la virginité pour la femme, mais certains jeunes l'approuvaient
encore. En conclusion, les jeunes Chinois ne préconisent pas
l'occidentalisation à tout prix. Par contre, ils analysent.
Ils prennent le meilleur de la culture occidentale et s'en servent
comme arme spirituelle, et en cela, c'est un progrès. Les enquêtes
à Tianjin démontrent que 30 % des jeunes estiment que
combiner la culture occidentale avec la civilisation traditionnelle
chinoise est une tendance nécessaire.
En réalité, il n'est peut-être
pas si difficile de cerner le mode de vie des jeunes. Peut-être
sont-ils les produits à la fois de la culture occidentale et
de la civilisation traditionnelle chinoise. Dans notre société
actuelle, des jeunes décident de se marier à 30 ans
afin d'améliorer leurs conditions de vie.
M. Hu Shouwen, directeur de la Maison d'édition
de la jeunesse de Chine, estime que la pénétration de
la culture occidentale est certes un défi pour la civilisation
traditionnelle chinoise, mais que cette réalité n'est
pas un mal. En réalité, celle-ci nous permet de découvrir
nos insuffisances et ses bons côtés. M. Zhang Qizhi,
célèbre historien sur la culture et les idéologies
et professeur de l'université Qinghua, préconise aussi
de renforcer l'éducation traditionnelle des jeunes Chinois
sur la culture historique de la Chine. Selon ses dires, c'est seulement
par une éducation de base sur la culture traditionnelle chinoise
qu'on pourra puiser ce qui peut nous être utile dans la culture
occidentale.