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Quelques Réflexions sur la Profession
et la Formation des Architectes

Par Wolf Tochtermann,
Architecte Urbaniste
Ancien Directeur de l’Unité Habitats Humains de l’UNESCO

Allemagne



"Le métier d’architecte ne disparaîtra pas;
  plutôt il se dispersera, se diffusera en un
  nombre considérable de branches"
  (LeCorbusier, 1928)


I. La profession

Aucune autre profession se pose, me semble-t-il, autant de questions sur son rôle dans la société, ses responsabilités et son devenir que celle des architectes.

Le débat n’est pas nouveau, et les questions que nous nous posons aujourd’hui, avaient été posées au sein du BAUHAUS dans les années ’20 et dans bien d’autres institutions à cette époque et, d’une manière plus aigue, après la Deuxième Guerre mondiale et tout particulièrement à la fin des années ’60.

Certains ont vu en l’architecte avant tout un artiste, voire un visionnaire, inventeur de formes, qui réalise les produits de son imagination en vue d’embellir notre environnement et notre cadre de vie; d’autres ont vu en lui plutôt un technicien qui est capable de maîtriser les technologies à la pointe du progrès. D’autres encore l’ont considéré comme le grand organisateur de l’espace, un "chef d’orchestre", qui décide pratiquement de l’ensemble des interventions nécessaires pour réaliser un bâtiment, concevoir une ville, aménager le territoire.

En fait, nous n’avons toujours pas une vision précise des tâches qui nous incombent et qui pourraient être les nôtres dans la société ou plutôt dans les différentes sociétés qui caractérisent les différentes cultures à travers le monde - malgré les tendances à la globalisation et à l’universalisme que nous évoquons très volontiers.

La question reste donc posée, et les réponses données varient d’un pays à l’autre, même si la profession "fonctionne" selon les mêmes critères dans tous les pays où elle existe, qu’ils soient industrialisés ou en voie de développement.

Nous nous demandons cependant, si l’intervention de l’architecte ne peut ou ne doit pas être élargie à des domaines qui, traditionnellement, ne sont ne sont pas couverts par la profession. En effet, certaines activités lancées par l’UIA, souvent d’ailleurs avec le concours de l’UNESCO, ont prouvé, même si leur impact est encore insuffisant, que les architectes sont parfaitement capables de se pencher sur des problèmes liés par exemple au thème de „architecture et eau" (2000), de "architecture et pauvreté" (1998), ou de considérer des programmes de formation en vue d’améliorer des "kampungs" (1981) ou le rôle de l’architecte comme "facilitateur" (the architect as an enabler), c’est-à-dire l’architecte qui assiste les habitants dans leurs efforts d’améliorer leur cadre de vie. Il s’agit là incontestablement de thèmes étroitement liés à la problématique du développement.

Certes, il existe de nombreuses initiatives, souvent à caractère local, qui ne sont guère connues et rarement reflétées dans les programmes de formation des architectes.

Malgré ces initiatives qui méritent notre attention, nous ne pouvons pas ignorer qu’une grande partie de la production du cadre bâti et de l’habitat en général est due à l’initiative et au travail des habitants, qui sont les "bâtisseurs" de villes entières se développant "illégalement" autour des grandes agglomérations en Afrique, en Asie et en Amérique.

Le regretté Jorge Hardoy, urbaniste et historien de la ville, était sans doute parmi les premiers à reconnaître que "les pauvres sont les urbanistes de l’Amérique latine", constat qui est également vrai pour d’autres régions. Il n’est donc pas étonnant que la contribution de l’architecte soit reconnue particulièrement faible dans le contexte du développement.

On peut estimer que, dans la longue chaîne des décisions à prendre concernant le cadre bâti ou l’aménagement urbain ou régional, trop peu des décisions essentielles dépendent de l’architecte. Il devrait, plus que par le passé, être impliqué dans les décisions politiques et administratives qui se prennent d’habitude en amont et sans sa participation. Par conséquent, il devrait davantage agir dans la "mouvance politique", à des niveaux différents, mais surtout au niveau local. Peut-être le programme initié par l’UNESCO en 2000 sur la formation des "professionnels de la ville" pourrait-il avoir un impact, car il cherche à promouvoir la "durabilité sociale", le partenariat, le décloisonnement des disciplines et, surtout, à reformuler les politiques urbaines et à prendre en compte l’expression des habitants et les groupes sociaux de la ville.

II. La formation

Dans un article publié par l’EXPRESS en février 1992 sur les écoles d’architecture en France, Jean Nouvel constate que "l’enseignement est déconnecté de la réalité. Parce qu’il fabrique toujours à peu près les mêmes profils. [...] La profession se dirige vers une division du travail. Il faut l’assumer. Avoir le courage de voir les choses en face." Dans le même numéro, Christian de Portzamparc: "L’enseignement de l’architecture? Il est bien malade." Et Roland Castro: "L’architecture reste le parent pauvre de l’enseignement. Résultat de la vieille haine de la techno-structure contre les artistes.", et, plus loin, "[...] De facon générale, il n’y a pas, à l’intérieur des écoles, les moyens de maturation intellectuelle des projets."

L’éveil intellectuel devrait, par contre, être le premier objectif de toute école d’architecture. Elle devrait pouvoir former tous les étudiants et non pas seulement les meilleurs parmi eux. Or, beaucoup d’écoles fonctionnent dans un isolement quasi total, avec un corps d’enseignant souvent hétérogène qui n’est que rarement en mesure de formuler un vrai programme permettant à l’étudiant de suivre une filière aboutissant à un profil professionnel précis. Les écoles d’architecture éprouvent souvent d’énormes difficultés à construire un pont entre le savoir qu’elles transmettent et la pratique de la création. On constate par ailleurs que l’enseignement est inadapté parce qu’il est fondé sur l’idée unique du projet, de la composition architecturale, qui s’avère trop limitative, surtout quand on exige de la profession de se transformer d’une manière permanente, tout comme la société qu’elle est appelée à servir, et compte tenu des nouvelles tâches identifiées.

On a tôt et souvent réclamé la diversification des profils professionnels - au détriment de l’architecte-généraliste. La recherche et l’enseignement, tout comme l’urbanisme et l’aménagement du territoire, la technologie et la gestion, la réhabilitation et la conservation, sont, parmi d’autres, autant de sujets de spécialisation et de diversification pour la profession. Ils devraient logiquement correspondre à des filières précises dans les programmes des études et aboutir à des profils de qualification clairement définis. "Le contenu des études, le dosage des programmes, l’intégration des connaissances, la complémentarité des aptitudes, le travail en équipe, cesseront d’être des casse-tête insolubles quand les écoles d’architecture daigneront reconnaître l’existence de ces branches et la nécessité de s’y préparer." (Claude Schnaidt, 1975).

Certains passages du rapport de la réunion d’expert que l’UNESCO avait organisé en 1970 sur la formation des architectes, restent parfaitement valables aujourd’hui:

"Ce qui caractérise surtout les étudiants à leur entrée à l’université, [...] c’est qu’ils ont appris à exercer leur mémoire et que seuls quelques élus ont une certaine expérience de l’analyse. Presque aucun n’a été encouragé à s’attaquer à la résolution des problèmes. [...] Une des tâches cruciales au stade préliminaire de la formation des architectes est de réorienter les étudiants vers la résolution des problèmes pour les mettre en mesure d’aborder des questions complexes et d’en faire la synthèse. [...] Il est essentiel que les étudiants acceptent cette facon de voir. Cela une fois acquis, les étudiants assimileront les faits nouveaux et les disciplines nouvelles, non pas comme des fins en soi, mais comme des instruments supplémentaires leur permettant d’aborder des problèmes plus importants."

"L’éducation est un processus dynamique; la politique, les attitudes et les techniques adoptées en matière de formation des architectes devraient en tenir compte." Des programmes proposant différentes filières pourraient être concus de manière à prévoir plusieurs niveaux ou cycles facilitant ainsi des entrées et des sorties à des niveaux différents qui correspondent à des compétences différentes.

"La conception de vastes projets implique notamment l’adoption d’une attitude plus scientifique si l’on veut éviter des erreurs fort coûteuses. Pour que les décisions soient fondées, il faut élargir la base disciplinaire et l’enrichir par l’introduction d’instruments et de méthodes empruntés à d’autres disciplines. Il faut que l’étudiant comprenne les structures sociales et politiques fondamentales et qu’il s’en préoccupe; il doit aussi être capable d’imaginer des sociétés futures."

"On a soulevé à maintes reprises le problème de la formation du personnel enseignant. Etant donné la rapidité avec laquelle évoluent leurs structures, leurs méthodes et leurs programmes d’études, les écoles d’architecture doivent toutes se préoccuper spécialement de la formation des professeurs d’architecture, qui devront acquérir souplesse et adaptabilité tant sur le plan des attitudes que sur celui des compétences techniques. [...] Il faut bien se rendre à l’évidence que l’enseignement de l’architecture est aujourd’hui un domaine hautement complexe auquel il faut se consacrer autant qu’à tout autre secteur de l’architecture."

Enfin, "les débats ont permis de dégager les principes et objectifs suivants, qui peuvent être considérés comme les éléments de base de la formation des architectes: structure multidisciplinaire des programmes des études, nécessité de maintenir une certaine souplesse et des possibilités de changement, coopération entre enseignants et étudiants, compréhension sociale, politique et culturelle, compétence scientifique, développement des qualités professionnelles, aptitude à concevoir les modèles nouveaux de l’avenir."


 

                                                                

 

   
    
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